Je me souviens que je m’étais levé le soir, vers les coups de dix-huit/dix-neuf heures, après avoir donc dormi quatre/cinq heures dans l’après-midi, et je me sentais très en paix, et tout ce qui était autour de moi me paraissait absurde.
Thierry : Oui, mais ça, c’est l’exercice que Gurdjieff faisait faire à ses élèves (grande dépense physique).
La personnalité c’est avoir commencé à quitter son sentir (donc son essence d’être) pour la personnification à ce que l’on possède, ce que l’on croit donc à des valeurs, à des comportements humains où il faut apparaitre pour être compris et non plus comprendre pour être correctement sentis tel que nous sommes.
Parfois il y a des personnalités intéressantes car elles veulent garder (souvent d’une façon instinctive) une trace ou une mémoire émotionnelle de leur sentir. Cette situation se heurte d’une façon souvent très amusante à l’humain, à son coté le plus cultivé.
Régis : Je ne sais pas si c’est ce que visait Gurdjieff.
Thierry : Si, il les faisait travailler, bucher, pour ça.
Régis : Et je me souviens au printemps 2005 t’en avoir parlé, et j’avais fait des recherches sur internet. Il y a Freud notamment qui parlait de dépersonnalisation, et dans Fragments d’un Enseignement Inconnu, Gurdjieff aussi parle de la distinction entre essence et personnalité, et il dit que moyennant certaines drogues, on peut enlever la personnalité des individus.
Thierry : Oui.
Régis : Donc faire en sorte qu’ils soient dépersonnalisés. Et moi ça m’avait fait penser à ce que j’avais vécu après ma nuit blanche. Et je me souviens que je t’en avais parlé, et avant je l’avais fait aussi sur un forum de philo, et il y a quelqu’un qui m’avait conseillé Mouravieff : il m’avait dit, "Gurdjieff c’est bien, mais j’ai lu Mouravieff"…
Thierry : Ils ont lu. C’est toujours ça qui me fait rire. Ils ne disent pas, "bon, ce livre m’a appris ça et ça, est-ce que tu as découvert ça en toi ?", non, c’est toujours "j’ai lu, je vais voir, j’ai entendu dire que, comme a dit untel...", etc. Il n’y a jamais de concret. Donc voilà, je voulais te demander si tu connaissais.
Régis : Oui, je le connais de nom, je ne l’ai jamais lu.
Thierry : Alors c’est quoi ce type-là ?
Régis : En fait, Mouravieff a écrit un livre, Gnosis. Il y a trois tomes, c’est beaucoup plus long que Fragments d’un Enseignement Inconnu. Ça fait à peu près mille cinq cents page au total, il me semble, sur trois volumes, et d’après ce que Mouravieff dit – moi je n’ai pas regardé – Gurdjieff, dans Fragments d’un Enseignement Inconnu, effectivement parle de ce qu’il a appris dans certaines écoles, et c’est en fait l’enseignement des gnostiques, de la gnose chrétienne.
Donc lui a fait des recherches, et dit en gros que "Fragments d’un Enseignement Inconnu, ce sont des fragments, et moi je vais faire un lire où ce ne sera pas seulement des fragments. Ce sera l’ensemble de l’enseignement de la quatrième voie", je crois, un truc comme ça.
Thierry : Ah, l’enseignement de la quatrième voie ?
Régis : Il me semble. Mais je ne l’ai pas lu.
Thierry : Est-ce que son écrit est consécutif au fait qu’il ait lui-même fait la quatrième voie ? A mon avis, s’il avait fait la quatrième voie, il n’aurait pas écrit de livre. Les préparations à la quatrième voie sont extrêmement longues, dures et pénibles, si bien que quand on arrive à trouver la quatrième voie, on se dit "non, ce n’est pas possible ; si j’écris un livre sur la vérité, avec cette vérité je vais tromper les trois-quarts des gens qui ne vont pas comprendre".
Régis : Non, je ne pense pas que c’était un maître. Je ne crois pas.
Thierry : Si tu veux, quand on trouve la quatrième voie, on n’a pas du tout l’idée d’écrire.
Régis : Oui, surtout mille cinq cents pages.
Thierry : Oui, ça paraît bizarre.
Régis : Je pense plutôt que Mouravieff a écrit un peu comme un intellectuel qui a fait des recherches abstraites, en fait.
Thierry : Oui ?
Régis : Et qui a essayé intellectuellement de reconstituer un enseignement.
Thierry : Si tu trouves des extraits… ?
Régis : Si ça t’intéresse, je pourrais peut-être te fournir des extraits. Je pense que ça se trouve. D’accord, je vais te trouver ça.
Thierry : Je n’ai pas le droit de fermer des portes.
Régis : C’est possible qu’il y ait des choses intéressantes dans le livre, même si Mouravieff n’était pas un maître.
Thierry : Voilà, donc c’est pour ça que moi j’avais fait une analyse rapide : quand on quitte Bernard sans rien avoir appris, on peut aller où on voudra, on n’apprendra rien. Et oui, tu le sais bien, toi puisque tu l’as connu.
Ce n’est pas que Bernard soit mieux que les autres, mais qu’il commençait à enseigner la connaissance humaine au jour le jour et parmi les autres. Il y a bien des situations dans la vie courante où tu as des questions à poser, surtout si tu essaies d’être le plus possible.
De plus, Mr Ruaud me mettait parfois dans des situations "d’exercice", par ailleurs souvent il me montrait avec une netteté ce qui se passait autour de moi, chez les autres.
Il faut aller vers la conscience avec ce que nous ne sommes pas, d’abord. Car le but c’est de mesurer parmi les autres que nous ne sommes pas nous-mêmes, mais en le voyant aussi chez les autres, on peut commencer à l’envisager réellement en conscience. Puis nous trouvons parmi les autres suffisamment d’éléments sur ce qui occupe notre journée et nous fait oublier jusqu’à nous-mêmes.
Après, à chacun de continuer ou pas, mais celui qui continue se recentre sur lui-même grâce aux milliards d’observations intérieures et extérieures qu’il a acquises.
A partir de là, le début d’analyse ne doit se faire qu’avec un guide, car nous ne savons pas encore travailler sur nous-mêmes, et chacun de nos travers ou personnage les plus importants tenteront de s'accaparer nos analyses. Ce travail qui consiste à apprendre à s’analyser correctement, donc en l’absence de réactions pendant au moins une petite durée, prend des années.
Il y a dans cette période, des blocages, traumatismes et autres refoulements, habitudes et paresse qui perturbent beaucoup. Il faut les résoudre au moins en partie.
Tout ceci fait vous récupérer du temps et de l’énergie pour commencer à sentir les centres de votre être. Je crois à ce stade et d’après ma propre expérience du travail, que le centre émotionnel sera le premier à être le plus facilement reconnu et donc recherché, car le trouver c’est être à son écoute, et être à son écoute nous donne la possibilité réelle et très grande de reconnaitre les deux autres centres de l’être principaux et le goût de l’objectivité.
Il faut à ce stade un fort désir et parfois se faire violence, pour laisser enfin en nous le sentir émerger peu à peu. J’ai pour ma part et en présence de mon guide beaucoup appris à me taire et à mettre fin à mes réactions en force. J’ai du dépasser beaucoup de situations difficiles où ma colère (impuissance) tentait de tout résoudre.
La reconnaissance de nos centres et le déséquilibre dans l’utilisation que l’on en faisait inconsciemment (prédominance sur un autre ou au contraire tel centre est très peu utilisé et doit être développé) est la préparation nécessaire à la quatrième voie.
Il est noté que les preuves commencent à arriver à nos yeux, car la façon dont nous faisons fonctionner nos centres est étroitement liée à une façon d’être en déséquilibre.
Régis : D’accord.
Thierry : Avec Bernard, on apprend. On n’apprend pas comme un intello. Les choses que Bernard nous dit, on les vérifie en nous, et je peux te dire que la plupart, c’est comme ça. Et c’est vrai, malheureusement Bernard peut avoir tous les défauts et les qualités qu’il veut, moi j’ai vérifié énormément de choses, c’est vrai.
Alors bon, quelqu’un qui vient voir Bernard et qui après veut apprendre ailleurs sans n'avoir rien appris de cette rencontre, bon, je ne me pose pas même la question de savoir s’il est capable d’apprendre ailleurs. Ce gars-là, dans cette attitude, va forcément se mettre aux mains de gens qui ne lui apprendront pas.
Parce que toi quand tu ne veux pas apprendre, tu trouves des gens qui ne t’apprennent rien. C’est quand tu veux apprendre que tu commences à trouver des gens intéressants. Alors ils peuvent être chiants, etc. Ah oui, quand tu ne veux pas apprendre, même quand tu en es inconscient, tu ne trouves jamais des gens qui t’apprennent. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de gens qui trouvent du monde.
Régis : Oui, ce sont les inconscients qui restent entre inconscients.
Thierry : Oui, ils ont ce qu’ils méritent, quoi. Ils ont beau se débattre en disant "ah oui, mais moi je veux, moi je veux", non.
Non, il y a une évolution quand à la rigueur la personne vient sur mon site et lorsqu’il y a des choses qui lui paraissent très importantes, c'est-à-dire qu’il a vérifié aussi en lui-même, bon, il en parle, ou il rajoute quelque chose, un détail, un élément. Là je me dis, "bon, le gars il a travaillé".
Parce que quand tu as travaillé sur toi pendant un certain temps, et que tu as eu des résultats, qui te permettent de voir certaines choses, tous les gens qui ont le même niveau de travail/conscience voient la même chose.
Parce que toi tu as vu ce que tu devais voir, tu as encore des choses à voir mais jusqu’à un certain niveau, certaines profondeurs justement de choses qui ont été retirées de l’inconscient, de choses que tu as été cherchées en toi, il n’y a rien qui peut déranger, même si tu rencontres des gens qui en sont où tu en es. Quand tu as vu quelque chose, tu l’as vu. Tu ne vas pas changer d’avis le lendemain matin. Ce n’est plus la vie ordinaire, ça.
Régis : Oui, bien sûr.
Thierry : Ce n’est plus, "ah oui j’ai vu, mais en fait, pour plaire à ma mère, je ne l’ai pas vu", etc. Tu n’en es plus là. Donc tu dis à quelqu’un "non j’ai vu".
Régis : Oui, je parlais récemment à un ami dans mon entourage du fait que j’avais pris conscience une nuit, que ma dépendance affective, mon manque affectif, était un transfert sexuel.
Thierry : Enfin, il y a une partie.
Régis : Oui, en partie. Et on discutait comme ça, et lui n’était pas d’accord, il disait "ah non mais peut-être que tu vois mal", mais moi je lui disais "j’ai vu, quoi, tu pourras me raconter n’importe quoi, je l’ai senti".
Thierry : Et bien voilà. Exactement.
Régis : Tu sais, une fois que tu l’as vu, voilà, ça ne sert en rien d’en discuter, tu ne vas pas changer d’avis, tu l’as vu. Après, comme tu dis, il n’y a pas que le transfert sexuel, il y a mon passé et tout.
Thierry : Non, ton manque affectif était tout jeune un manque de sécurité.
D’abord il a été, tout petit enfant, une incompréhension – parce que tu aimais, tu n’étais pas aimé. Après, il a été une insécurité, parce que grandissant, tu aimais moins, mais tu avais encore besoin de tes parents, et même de plus en plus – car quand on aime moins, on a extrêmement besoin des autres.
Donc il y a eu dès l’enfant, une incompréhension, donc un blocage, et ensuite ce blocage t'a renvoyé avec des stimulis à des douleurs physiques et psychologiques (du a la dualité grandissante masochisme/sadisme en toi lié a ta capacité de te reproduire des ton adolescence).
Heureusement que tu es grand de taille, etc. Ça, ça t’a aidé pas mal, mais sinon tu as encore cette insécurité. Et donc autour de l’insécurité, s’est greffée après une habitude de faire comme si ton père était là, donc une passivité qui engendre tous les problèmes que tu rencontres. Tes problèmes de manque d’habitude au contact des filles, tes problèmes de différentes peurs, même d’utilisation de ton sexuel à des fins masochistes, tout ça, tu vois !
Régis : A des fins masochistes, ça veut dire quoi ?
Thierry : Ça veut dire que ça te convient comme ça. Ça te convient de subir cette chose, parce que d’abord ça te convient, donc tu en jouis un petit peu, et puis tu n’en as pas conscience. Parce que le masochisme, ce n’est pas une mauvaise chose si tu veux, mais tu es dans un abus de toi-même qui ne correspond même pas à ta fonction sur Terre.
En fait, ça marche aussi dans le sens de l’auto-destruction, du laisser-faire, etc. De baisser les bras, quoi, d’être victime d’une situation, oui, plutôt que de préférer te faire plus mal pour voir que tu es victime et réunir les éléments pour cesser de l’être.
Et puis tu fais partie aussi – enfin, tu as fait partie, ce n’est plus le cas – des gens qui ne voulaient pas remettre en cause leurs parents, l’idée de leurs parents, de ce qu’on leur a dit, de ce qu’ils avaient dit, des croyances qu’on a sur nos parents, la façon même dont on s’est trompé de les voir.
Même à l’adolescence on s’est complètement trompés : à partir de l’adolescence on ne les voit plus, ses parents. C’est pour ça qu’on trouve les adolescents difficiles, c’est qu’on ne les comprend pas, et eux ne nous comprennent pas non plus, ils sont entraînés dans la vague terrienne, dans la reproduction, la jouissance facile, l’égoïsme, etc.
Ils ne peuvent pas dire merde aux parents, c’est pour ça que de temps en temps ça crée des frictions : ils veulent jouir, ils veulent prendre leur indépendance mais ils s’aperçoivent qu’ils ont besoin de maman. Alors ils emmerdent les filles et ils emmerdent leurs parents. Enfin, au départ ils ne savent pas trop comment ça marche, donc ils embêtent surtout tout le monde, ils font des queues de poisson sur la route, bref, ils s’agitent.
L’important est qu’ils aient fait quelque chose, que la production serve à quelque chose. Quand ils voient qu’ils se reproduisent, ils se disent qu’ils doivent bien vivre avec ce qu’ils ont produit. La reproduction, elle est là, on n’ose pas tuer ce qu’on a généré, voilà. Quand on n’accepte pas de mourir, ça ne sert à rien de donner la vie. Il ne faut pas donner la vie en espérant qu’on ne mourra pas. On le fait trop aujourd’hui, c’est pour ça qu’il n’y a plus personne qui meurt. Tu vois le bordel.
Les gens qui veulent recevoir, vont chercher des éléments, mais tu verras qu’ils ont déjà un acquis. Ou alors qui sont comme toi, c'est-à-dire qui poseras des questions, permanentes, des questionnements permanents.
Régis : Mais tu penses qu’il y a des gens plus conscients que toi qui lisent ?
Thierry : Pour l’instant, les probabilités ne sont pas très fortes.
Régis : Moi aussi, ça m’étonnerait.
Thierry : Oui, je dirais que les probabilités ne sont pas très fortes. Je ne les vois pas trop sur internet, pour le moment. J’ai plutôt l’impression que les gens conscients sont dans des situations matérielles, soit qui sont préoccupantes, soit ils ont beaucoup de choses à faire. Je ne les vois pas trop sur internet en train de chercher des éléments qui leur manqueraient. Mais bon, il y a beaucoup de gens qui sont conscients, même comme je le suis, mais qui se sont arrêtées.
Régis : Même à un niveau qui serait ton niveau, par exemple ?
Thierry : La plupart. Oui, bien sûr. Moi si je n’étais pas emmerdé comme je le suis, si je n’étais pas obligé d’aller dans les détails, d’aller plus profondément dans le détachement, tu penses que je m’emmerderais à un jour emprunter la quatrième voie ? Je ne m’embêterais plus !
Régis : C’est ton agoraphobie, en fait, les habitudes restant de ton agoraphobie ?
Thierry : Oui, il y a l’agoraphobie, il y a la solitude, il y a une capacité de se faire violence, il y a des dons personnels à avoir, à comprendre, une intelligence. Oui, il y a aussi des bases très enracinées, qui fait que quand on a des bases très enracinées comme ça, généralement on essaie de monter. Parce que bon, "on ne fait pas la quatrième voie en 2012 mais ce sera en 2015". Si tu veux, en même temps tu n’as pas le choix pour y aller, puis d’un autre côté, tu as quand même le temps d’y aller.
Si tu veux, la quatrième voie, c’est effectivement le fonctionnement des trois centres, donc tu vis avec la mise en équilibre des centres, qui est toute fraîche, quoi. Et donc tu vis avec des forces qui te sont données suite à un travail énorme, un ménage énorme qui a été fait sur toi. Donc la quatrième voie, ce n’est pas ce qu’il y a de plus difficile.
Régis : C’est la préparation.
Thierry : C’est ce qu’il y a de plus normal qui fera que tu as énormément de travail. En fait, c’est une concrétisation, c’est une utilisation de ton énergie pour être, la quatrième voie. Avec les centres de ton être, évidemment. Mais avec sur Terre un très grand détachement. Donc la quatrième voie, ce n’est pas difficile. C’est une conséquence d’un état, d’un énorme travail. Après ça coule de source. C’est comme la pente savonneuse. Généralement, les gens qui la trouvent, ils la suivent un jour.
Régis : Mais qu’est-ce qui te reste à faire une fois que tu l’as trouvée ?
Thierry : Et bien il faut l’emprunter. Il faut vivre avec l’état d’amour, vivre donc, avec l’utilisation de ses centres, et maintenir cet équilibrage, alors qu’il est tout neuf, il y a encore des détails même à régler. Mais en fait, c’est vivre en équilibre, mais avec sa partie non terrienne. Mais il faut sur Terre, pour que les deux soient en accord, que les deux continuent à dialoguer, et il faut que l’une ne perturbe plus l’autre.
Et ça, après, que tu sois mort ou pas… Enfin, mort tu l’as été puisque tu as retrouvé des fonctions de ton être, elles sont pleines et entières, donc tu connais tout de sa partie invisible et tu connais assez bien sa partie visible. Donc tu attends après que cette partie visible t’amène à faire autre chose, dans une vie ou ailleurs. Ça c’est un autre niveau. Mais si tu veux, ce n’est pas difficile. Dans cette configuration-là, tu fais ce que tu as à faire. Mais il faut accéder à ce niveau-là.
Régis : Oui, c’est la préparation.
Thierry : C’est plein de choses. Oui, la préparation, de longues années, beaucoup de courage, beaucoup d’épreuves, bien des détails, même quand on a trouvé la quatrième voie, on ne l’emprunte pas tout de suite. Non, il y a beaucoup de détails à régler parce que ceux qui y vont ne peuvent pas y aller si, dans la partie humaine, tout ou presque n’a pas été rendu conscient : "je connais ça, mais ce que je ne connais pas, je sais encore que je dois le connaître avant d’y aller".
Ça c’est vraiment la situation d’un homme devant la quatrième voie. C'est-à-dire qu’il voit ou il ne voit pas. Il ne peut pas être à moitié, on ne va pas sur la quatrième voie sans être sûr de la parcourir entièrement. Enfin, après on peut s’arrêter sur la quatrième voie, mais généralement c’est un choix conscient. On sait qu’on va continuer dans la prochaine vie, on doit aller jusqu’à un certain point mais on le sait d’avance.
C’est un autre niveau. Ce sont des gens qui s’arrêtent sur la quatrième voie, forcément, Bernard me l’avait expliqué. Mais eux le font parce qu’ils doivent le faire, ils doivent s’arrêter, ils doivent être disponibles à des gens, etc. Donc ils ne peuvent pas continuer comme ils auraient voulu.
La quatrième voie, la parcourir complètement, c’est être abandonné des hommes. C’est une autre histoire. Toi tu verras bien un jour.
Régis : On verra, peut-être pas. On verra plus tard.
Thierry : Un jour, tu seras devant moi. Tu m’éclaireras.
Régis : Tu crois ?
Thierry : Ah oui.
Régis : Pourquoi ?
Thierry : Bah qu’est-ce que tu en sais ?
Régis : Je ne sais pas, non. Mais avec ce que tu as vécu toi.
Thierry : Oui.
Régis : Tu disais que tu allais très vite. Moi je n’ai pas reconnu mon centre émotionnel, toi tu disais que tu l’avais trouvé en deux ans.
Thierry : Oui, c’est vrai. Mais moi j’ai des dons, mais qui ne sont pas, comment dirais-je…, qui sont plutôt des dons d’intelligence. Je peux paraître prétentieux, j’ai une façon de voir et de penser qui est totalement différente, qui est très rapide. Alors ça ne se voit pas dans les choses ordinaires, alors tout le monde rigole, "ah il est marrant". Mais dès qu’on aborde les choses sérieuses, machin, paf, dès qu’il faut réagir, dès qu’il faut sortir d’un pétrin ou qu’il faut voir quelque chose, découvrir quelque chose en soi, paf. Alors là les gens sont complètement largués.
C’est pour ça que je suis sans arrêt emmerdé par des gens qui s’emmerdent. Et s’il y avait des gens qui étaient déjà de bon niveau, ils diraient "non, celui-là a ses défauts, ses qualités, mais on sait qu’il comprend et qu’il peut". Alors si je ne peux pas encore, ils savent très bien que je pourrais. Ça ça fait partie des gens même que Bernard m’a fait rencontrer : "Non, Thierry lui il pourra", "il ne peut pas, d’abord ça nous étonne, mais il pourra, il peut y aller". Bernard disait à Gilles (un proche) : "n’essaie pas de le suivre, tu ne pourrais même pas".
C’est vrai, c’est comme ça, je ne sais pas pourquoi. Même quand je serai presque dans ma tombe, quelques minutes avant, je reconnaîtrais en moi cette flamme de rapidité, quoi, qui est plutôt une capacité à comprendre, extra-lucide si on veut.
Régis : Oui, bon, j’espère que je trouverais aussi. Mais ce que tu me dis maintenant, de toute façon ne me sert pas tout de suite. Ça peut me remonter le moral si tu dis que j’irais loin.
Thierry : Et oui. Il faut te remonter le moral.
Régis : Oui.
Thierry : Moi j’aime bien de te foutre le moral en l’air, mais j’évite de le faire. Ce n’est pas l’envie qui m’en manque, rassure-toi
Un homme conscient, ce n’est pas un homme meilleur que les autres. C’est un homme simplement qui a le choix, de l’être ou pas. Et quand tu as le choix d’emmerder ton prochain ou de ne pas l’emmerder, et quand tu es un homme conscient, qu’est-ce que tu fais ? Tu utilises le moins d’énergie possible, et donc ça veut dire que tu ne fais rien. Ce n’est pas tellement que tu baisses ta culotte, pas du tout, au contraire, il n’y a que les imbéciles qui croient ça. Non, c’est que tu ne veux pas participer à ce que l’autre a en lui. Et être en réaction, c’est l’histoire des autres, ce n’est plus la tienne.
Donc justement il faut aller plutôt et parfois, dans le non-faire, pour aider à la maitrise de ses réactions ou ne pas être stimulé par le côté obscur des autres, donc du sien. Mais pas le non-faire comme fin de voie (style oriental) ou d’une façon primitive, comme un disciple ou un faux gourou. Il faut le faire à la façon de l’homme rusé.
Régis : Mais réellement, oui. Dans la disposition, dans l’attitude intérieure.
Thierry : Quand tu as du te maitriser dans beaucoup de situations à cause de beaucoup de souffrances, tu peux le faire pour tes réactions. Ça veut dire que quand quelqu’un est en réaction, tu peux le faire. Alors tu peux ne pas le faire, mais tu sais que tu peux le faire. Et si tu sais que tu peux le faire et que tu ne le fais pas, il y a forcément un rappel à l’ordre, quelque part, qui t’empêchera de dormir. C’est la conscience, c’est cette capacité-là.
Je te l’avais dit, les hommes ordinaires mettent deux semaines à réagir et puis après ils se calment. Mais ils se font peur aussi. Ils emmerdent les autres, ils sont en réaction, et après ils s’étonnent d’avoir peur des autres.
Régis : Tu auras passé cette épreuve, quoi.
Thierry : Il y a eu quand même de moi plutôt des déceptions dans la maitrise de moi, mais ce sont des efforts qui ont fait quand même qu’au bout de trois/quatre jours, hop la maitrise est revenue, plus tôt que d’habitude. Donc en fait il y a une insatisfaction parce que moi je suis un barbare avec moi-même, mais quand tu regardes les choses de près, il n’y a pas de problème, tu peux te dire « bon, je peux passer au barreau suivant".
Je ne dis pas que je suis très haut, loin de là, mais plus tu montes et plus tu dois être l’exemple de ceux qui te regardent plus bas, comme ceux qui te regardent du haut. Quand tu sors la tête du lot, tu es repéré, mais pas que par les gens du bas, tu es repéré par les gens du haut.
Quand tu as des moyens, tu n’as pas le droit d’utiliser ces moyens pour t’empêcher de faire ce que les autres font quand ils n’ont pas de moyens. Ça, c’est terrible. Donc, c’est une épreuve que j’ai plutôt bien réussie. J’ai regretté que ça n’ait pas été mieux fait, mais bon, je n’ai pas eu de problème.
Régis : D’accord.
Thierry : Voilà. Pour que tu commences à mesurer l’utilisation intellectuelle et les capacités émotionnelles, il faut justement que tu l’écrives. Parce que ton véritable problème aujourd’hui, c’est que tu ne peux pas mesurer ton intellect parce qu’un déséquilibre nerveux, notamment la culture et à chaque fois parler avec des mots qu’on ne comprend pas, t’empêche de voir ton émotionnel et nourrit ta bible intellectuelle.
La mécanique intellectuelle aujourd’hui t’empêche donc de le voir. Mais en même temps, comme ce sont des choses qui sont vraies, ça va forcément te stimuler, et tout stimulus pour dire "tiens attends, il y a autre chose qui existe, il faut que je l’écrive", c’est bon.





































