Conversation avec Thierry du 27 février

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Conversation avec Thierry du 27 février

Nouveau messagede Régis » Lun 1 Mar 2010 19:11

Thierry : La Kundalini va quand même beaucoup m’aider, elle va m’apporter une aide redoutable. Mais ceux qui n’ont pas la Kundalini placée et qui ne sont pas conscients de tous chez eux qui l’abusent, ça ne leur servira pas à grand-chose.

Régis : Oui, tu m’en avais parlé.

Thierry : Les gens ne peuvent pas se rendre compte. C’est pour ça qu’on ne donne pas l’enseignement à n’importe qui, parce qu’on lui retire une chance déjà rien qu’en lui en parlant s’il ne peut encore l’entendre.

On est sur Terre déjà. On est là, on boit du bon vin, etc. Ce n’est pas parce que ma Kundalini est placée – car elle est là, maintenant je la sens bien – que je l’utilise à des fins exclusivement jouissives.

J’essaie d’en jouir le minimum. Je m’en sers pour cultiver un état de paix et pour beaucoup de chose – je ne peux pas tout te dire.

Avec Bernard, on a beau dire mais c’étaient des bases solides. Les gens sont toujours assez surpris quand ils vont sur mon site, parce que ce que j’écris, ça tombe toujours comme un pavé dans la mare.

Régis : Puis on ne lit ça nulle part ailleurs.

Thierry : Et puis ça ne peut pas être contredit parce que vu comment ça se monte, non c’est du vécu. Le gars est devant un témoignage, quoi. Il ne peut pas dire, "ah oui, mais j’ai lu que", non, il ne peut pas le lire.

Régis : Avec des bonnes bases, au moins tu es sûr que tu vas maitriser ce que tu vas découvrir après. Tu ne vas pas te perdre dans le spirituel.

Thierry : Il m’en faudrait beaucoup pour me perdre. Mais avec ce que Bernard m’a enseigné déjà, même ce que je n’ai pas tout vérifié encore. Il y a aussi une partie de mon expérience à moi, puis mon centre émotionnel qui me renseigne, même si je peux me tromper comme tout le monde, je ne suis pas un Dieu – pas encore, rires ! – voilà, j’ai des bases solides.

Mais bon, je ne peux pas souhaiter aux gens de passer par où je suis passé, c’est tout. Il ne faut pas leur souhaiter.

Quand j’ai rencontré Bernard, les contacts avec lui que j’ai eus, quand j’étais en pleine réaction lié à mon passé – puis des sacrées réactions, pas des petites – il fallait que j’apprenne à me taire. Il fallait que je me dise, "attends, je suis en réaction, j’en veux à moi avec ce que j’ai vécu, j’en veux à mes familles d’accueil, mais je souffre, j’accepte de le voir, voilà".

Au départ, je n’avais pas de moyens pour ne plus tenir à mes souffrances. Un homme devant moi s’est présenté et me dit, "bon, je vais t’aider".

Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je continue à être violent pour cacher ma douleur ou au contraire à être victime pour dire "oui, vous voyez, au moins moi j’ai souffert"… ou est-ce que j’apprends ?

J’ai choisi d’apprendre des choses sur moi-même et de me faire violence, pour écouter des choses, ne jamais les oublier afin de vérifier les réponses de Bernard. J’ai choisi d’écouter. Pourtant, quand tu as été soumis inutilement, c’est difficile de l’être utilement. J’ai choisi la voie la plus difficile.

Régis : Tu les manifestais tes réactions vis-à-vis de Bernard ?

Thierry : Bah bien sûr. Je ne pouvais pas toujours les maitriser, les éteindre.

Régis : Tu explosais devant lui ?

Thierry : Ah oui.

Régis : Mais lui restait impassible ?

Thierry : Oui, lui il n’y a rien qui le perturbe. Sauf quand il était en hypoglycémie.

Avec Bernard, j’ai donc très vite appris à me départir petit à petit des faiblesses humaines.

Au départ, il fallait que je me taise. Quand tu ne peux pas prendre conscience que tu es faible ou que tu n’as aucun moyen de le voir pour l’instant, il faut que tu te taises, que tu laisses l’autre te dire des choses pour que ça te remue un jour.

Tu n’as pas de moyen au départ, donc il faut bien que l’autre te prenne en main, te bouscule, pour que tu voies les choses par toi-même un jour. Donc avec Bernard, c’était une certaine attitude d’homme, normal, évolué. Interdit de se faire du mal pour rien, interdit de réagir, pas de sentiment, il y a quelque chose qui ne va pas, on en parle, tu as une réaction, on en parle aussi, neutralité et rigueur.

Il était très rigoureux, Bernard. Quand j’ai passé mes concours administratifs avec son aide, quand il m’apprenait quelque chose, il m’apprenait. Il ne fallait pas être ailleurs !

Régis : Oui, c’est qu’il faut juste quelqu’un qui apprenne bien.

Thierry : Oui. Bernard allait à l’essentiel. Puis il y avait une attitude avec lui. Je ne sais pas si dans l’aristocratie c’est comme ça, mais il y avait des choses qu’on ne faisait pas. Non, il y avait une attitude droite. Ça, c’était bon, excellent. Mais pas de sentimentalisme et tout ça. De la faiblesse à la rigueur, tant qu’on ne pouvait pas s’en défaire, il ne te jugeait pas. Mais quand tu pouvais t’en défaire, il ne fallait pas l’utiliser, parce que là il ne te faisait pas de cadeau, il t’allumait.

Tu sais, pour allumer quelqu’un, il ne faut pas lui faire du mal. Il faut simplement lui dire ce qu’il ne veut pas voir. Quand une manifestation de ce qu’il ne veut pas voir, est grande, là c’est le moment de l’allumer, parce que ça lui donne un choc. Mais enfin, il faut être solide. Il ne faut pas faire ça à un assassin, parce qu’il t’assassine, sauf s’il veut voir.

Tu sens bien si les gens ont des capacités, et un désir derrière. Puis même, quand tu dis quelque chose à quelqu’un, si tu as une aide de là-haut, tu es toujours un petit peu protégé. Les choses que tu ne peux pas dire, tu ne les diras pas. L’enseignement, il ne faut pas le recevoir si tu n’y es pas prêt. Sinon tu n’iras jamais, même si tu veux y aller.

Moi je me suis vu arriver des fois dans des blocages, dans des incompréhensions. Et Bernard passait une partie de son temps à me localiser sur autre chose. Parce que quand ce n’est pas le moment, ce n’est pas le moment. Ce n’est pas que toi qui décides, parce que ce que tu vas découvrir va te mettre en réaction, et puis ça va avoir des conséquences sur ce que tu commençais à voir, etc. Voilà, ça ne se fait pas non plus n’importe comment.

Des fois, il vaut mieux attendre beaucoup de temps avant de dire quelque chose à quelqu’un. Mais de toute façon, l’enseignement quand il est bien donné, il est donné à des gens qui ont un désir important. Un bon guide peut toujours commettre quelques erreurs, un maître (celui qui a la plus grande conscience de lui-même et donc une forte maitrise sur tous ses cotés humains) n’en commettra pas souvent.

Régis : Quand je rencontrais Bernard et que je lui posais des questions, ce n’était pas un enseignement comme avec toi. Il ne cherchait pas à connaître très précisément ma situation, il donnait uniquement des réponses "générales".

Thierry : Oui, parce qu’il voulait t’amener à l’enseignement.

Régis : C’était une première approche, quoi.

Thierry : Il était disponible.

Régis : Il me donnait des bases, en fait. Il me parlait de réalité, mais ce n’était pas comme avec toi, il n’allait pas voir dans le détail de ma psychologie, etc. Il parlait assez peu, finalement. Il parlait moins que toi. Il disait quelques phrases, c’était assez concis.

Thierry : On sait à qui on donne. Il ne faut pas trop donner. Moi je donne pas mal de choses, mais ton attitude vis-à-vis de moi n’est pas la même que vis-à-vis de lui. Ce n’est pas pareil. Moi je ne suis pas où il en est.

Quand je tenais mon forum sur MSN et qu’il n’était pas encore mort, je me souviens que je m’imposais une certaine honnêteté objective grandissante – et l’honnêteté, ce n’est pas ce qu’on croit, c'est-à-dire que l’honnêteté, ce n’est pas d’obéir à papa, ni à maman, pour plaire au curé, l’honnêteté, c’est de dire que ce dont je parle quand je réponds à quelqu’un, je ne le sens pas complètement. C'est-à-dire que je sais que ça va dans ce sens-là, je sens que ça va dans ce sens-là, mais je n’arrive pas à bien sentir. Alors là, ça veut dire que ce n’est pas exactement ça.

Quand tu n’es pas en accord avec ton sentir, quand ce n’est pas encore bien traduit, que ce n’est pas assez profond ou que tu ne t’es pas encore laissé le temps pour être à la disponibilité de ton sentir, alors j’allais voir Bernard pour ça.

Et puis de toute façon, en règle générale j’allais souvent le voir, parce que je répondais à des gens – sur le forum, quelques-uns qui posaient des questions, il y en a beaucoup qui n’étaient pas sur le forum, mais je répondais déjà à pas mal de gens – avec Bernard. Je voulais donc toujours avoir son avis, sauf pour les conversations. Mais quand je répondais sur le forum, je voulais toujours avoir son avis.

Il m’arrivait même quand je parlais avec quelqu’un, d’être bloqué sur quelque chose, de descendre le voir, de dire "la personne me demande ça", puis ensuite je remontais.

Régis : C’était arrivé avec moi.

Thierry : Oui.

Régis : Tu avais confondu la sensibilité et la sentimentalité, je me souviens. Tu avais dit "j’appelle mon maître", tu étais au téléphone avec lui en continuant à discuter avec moi.

Thierry : Tu parles de la sensibilité ou de la sensiblerie ?

Régis : Non, je parle de la sensibilité. D’ailleurs à la suite de cette conversation – c’était en 2005 – tu avais fait un sujet sur la sentimentalité et la sensibilité, pas la sensiblerie. La sensibilité dont tu avais dit que c’était la capacité de voir avec précision.

Thierry : Exact.

Régis : Et je me souviens que tu étais au téléphone avec Bernard.

Thierry : Exactement. Certains petits esprits vont lire ce que j’écris sur mon forum, ils imagineront que j’ai un problème de dépendance vis-à-vis de lui. Sauf que Bernard a toujours tenu absolument à ce que je sois indépendant, c’est pour ça que quand il est mort, ça n’a pas été trop dur.

Mais pour revenir à l’honnêteté, c’est une attitude, l’honnêteté du travail, l’honnêteté objective on peut dire – qui est là aussi quelque chose qu’il faut découvrir.

Effectivement, quand on est en accord avec ce qu’on est, donc avec ce qu’on sent, avec ce dont on parle, bon, on dit ce qu’on dit, mais des fois on n’est pas rendu totalement conscient de quelque chose. En partie seulement, on a flirté.

Des fois on perturbe son sentir avec autre chose, au moment où on parle avec quelqu’un, donc on est perturbé, on ne sait pas très bien de quoi on parle, bien qu’on parle quand même de choses sérieuses. Donc quand tu sens ça, ton émotionnel quand tu l’as découvert après, quand tu t’en approches, quand tu n’es pas complètement à son écoute, quand il n’est pas complètement non perturbé, tu le sens.

Tu sens très bien si tu es au trois-quarts du chemin pour l’écouter, ou à la moitié ou au début. Quelle réaction le perturbe à tel niveau, tu le sens. C’est du concret. Donc à ce moment-là, quand tu réponds à la personne, tu sens très bien que tu n’es pas complètement dans l’honnêteté du réel/du sentir. Bernard était donc là pour ça aussi. Je n’hésitais pas, comme un élève à aller le voir.

J’ai été très longtemps élève. Quand tu commences à pouvoir travailler seul, tu commences à être disciple. A ce moment-là, tu as du respect pour celui qui t’a enseigné, pour ce qu’il continue de t’enseigner, mais tu es absolument indépendant. Et tu travailles tout seul, mais tu as besoin encore de lui pour certaines choses, pour certains détails, tu te dis "j’ai peut-être mal senti, qu’est-ce que t’en penses ? qu’est-ce que tu en dis ?".

Un disciple, c’est quelqu’un qui commence à travailler seul. Il est sur une voie, ce n’est pas quelqu’un qui est dispersé. C’est une continuité entre ce qu’on a appris de quelqu’un, puis ça pénètre le sentir, et après ça devient vivant. La vérité vient.

Après, le disciple, qui commence à avoir le goût de la vérité, peut commencer à travailler seul parce qu’il ne travaillera que dans le cadre de ce goût de vérité. C'est-à-dire, comme je te le dis, dans son émotionnel le moins perturbé. C’est ça, le goût de la vérité. Donc il ne travaillera qu’en contact qu’avec ça, puisqu’il n’y a que ça comme vérité.

Ce n’est pas ton voisin qui te dira, "attends, je vais résoudre ton problème". Par contre c’est ton être qui te montrera pourquoi tu as ce problème, pourquoi tu y tiens, pourquoi tu es ce problème.

Si ce n’est pas ton être qui te le montre, ce sera un guide, qui te dira, "attends, etc.", qui te donnera les moyens pour que ton être te réponde un jour. Ou alors ce sera son être à lui qui lui dira, parce qu’on voit tous les mêmes choses à un certain niveau.

Moi avec Bernard – pourtant quand j’ai commencé, lui allait loin alors que moi je commençais – il me disait toujours, "toi tu peux", "tu peux faire des bonds".
Comme Gurdjieff disait, il y a des échelles à monter.

Bernard me disait, "toi tu peux sauter des barreaux", "avec toi, je t’amène une vérité, je sais que tu vas en faire quelque chose, que tu vas la mettre de côté, puis quand tu pourras, tu vas la vérifier".

Au départ, quand je l’ai connu, j’avais donc des réactions terribles, dures, mais il y avait quand même une façon de transcender, une maitrise en force des réactions, une obéissance : "ça va mieux ? tu reviens ; ça ne va pas mieux ? tu repars", "pourquoi tu as réagi ? tu n’es pas prêt à t’occuper de tes réactions, hop tu t’en vas", "ah oui, mais Bernard…", "non, tu t’en vas, tu reviendras quand tu seras prêt, quand tu seras prêt à écouter, tu reviendras".

Bernard me disait plus tard, "ah oui mais là ta réaction a duré moins longtemps, tu vois", puis "là, il y a une autre raison ; tu l’as vue ?", "oui, je crois que c’est ça", "non, ce n’est pas ça". Il avait des colères des fois.

Régis : Oui, ça devait être dur.

Thierry : On ne cause pas comme un vendeur, ce n’est pas de la causerie au café du commerce. On n’est pas en train de causer de choses qu’on ne connaît pas, on ne s’est pas ce qu’on dit, ni d’ailleurs ce qu’on entend.

Il faut être sincère, il faut apprendre le goût de la sincérité. Au départ, on a du mal à trouver le goût de la sincérité, parce qu’on manque totalement d’honnêteté vis-à-vis de la recherche de la sincérité. On se met à un niveau qu’on n’a absolument pas.

Régis : Oui, on ne peut pas voir qu’on se ment.

Thierry : On ne veut pas voir qu’on ne voit pas. C’est surtout ça qu’on ne veut pas voir. C’est pour ça qu’on passe du temps à se cacher les choses, puis à s’en montrer qui ne sont pas de nous. On préfère toujours s’occuper de l’autre, c’est tellement plus facile.

Un élève, c’est quelqu’un qui apprend. Donc il s’assoit sur le banc, il se tait, il respecte son enseignant. Il écoute, puis après, une fois qu’il a appris, il va dans la vie puis il va se révéler à lui-même s’il a bien compris ce qu’il a appris.

Il ne faut pas qu’il y ait trop de culture non plus. Il ne faut pas que l’enseignant en dise trop. Aujourd’hui, on ne s’occupe pas de ce que comprend quelqu’un, on lui apprend. Il y en a qui ne comprennent rien au bout de dix minutes, et on continue de leur apprendre. Après, il se rappelle, c’est tout. Ça fait des mauvais élèves mais on dit que c’est la faute des élèves.

Il y a un conditionnement humain aussi, mais sur ça, beaucoup de guides sont capables de répondre aux questions. Enfin, quelques questions comme ça. Après, c’est autre chose. De toute façon, on ne peut pas aider quelqu’un si on ne sait pas très exactement en soi-même, où il en est avec ses problèmes. On ne peut pas aider quelqu’un si on n’est pas de plain-pied avec lui, avec ses problèmes. Si on n’est pas dans les problèmes de l’autre, on ne peut pas l’aider.

J’aimerais bien quand même que tu découvres ton centre émotionnel et ton centre moteur, c’est important.

Régis : L’hypnose ericksonienne, c’est important aussi.

Thierry : Oui, c’est vrai.

Quand on fait un exercice, même pour reconnaître un centre, moi je reconnais le centre. Je fais quelque chose, après je te fais faire la même chose, mais ce n’est pas pour t’emmerder.

Moi j’ai reconnu le ou les centres sur lesquels on travaille. L’expression subtile dans ce que je viens de faire (centre moteur), en te mettant dans les mêmes dispositions pratiques de l’exercice je peux sentir si tu fais l’exercice avec le même type très exactement de subtilité, que j’ai reconnu (et donc avec l’un des centres ou la conjugaison de plusieurs centres), que je voudrais que tu reconnaisses.

Souvent au départ de ces exercices, les gens ne comprennent pas, ils réagissent car ils ont l’impression qu’on les soumet. Non, on ne les soumet pas. C’est pour ça que tant que tu ne te rends pas compte que tu n’es pas capable, tu as toujours l’impression que l’autre te soumet.

C’est quand tu te rends compte que tu n’es pas capable que tu te dis, "bon, après tout, au point où j’en suis, autant que lui m’apprenne et me conduise quelque part".

Les gens qui sont dans l’abus d’eux-mêmes seront toujours enclins à croire que tu les trompes. Ils se trompent eux-mêmes, mais ils veulent que tu les aides tout en les aidant encore davantage à se tromper eux-mêmes. Ça, ça ne marche jamais. Est-ce tu comprends ?

Régis : Oui, tu m’en avais déjà parlé.

Thierry : Quand tu commences à t’occuper de toi, beaucoup de choses t’arrivent. Et quand quelqu’un qui le voit t’en parle, ça te fout en pétard. Si jamais il t’en parle trop, tu te sens soumis. Alors que tu l’es réellement par toi-même par ta peur de lâcher ou de perdre quelque chose. Mais rien que de le voir une seconde, ça te fout en boule. "Tu es soumis par l’autre, c’est de sa faute", etc. Pendant des années, c’est comme ça.

Depuis que Bernard est mort, j’ai bien du mal à trouver quelqu’un avec qui parler et en partageant autant de choses.

Régis : On doit se sentir seul quand on commence à voir un peu de réalité.

Thierry : Nous sommes toujours seul entre incompris, c’est lorsque que nous vivons en conscience que nous apprenons que nous ne sommes pas seul du tout.

Cette rigueur nous manque, parce que quand on discutait de quelque chose, on discutait de quelque chose, ça allait loin, puis on passait à autre chose. On partage vraiment des choses, quoi, parce que c’est une communication humaine.

Là où c’est le plus beau, c’est quand on partage quelque chose, quand il y a assez de choses dans les deux personnes. Ce n’est pas tellement qu’on va apporter à l’autre ou que l’autre nous doit quelque chose.

Parce que généralement, les gens se mettent en couple pour ça. "Qu’est-ce qu’il va m’apporter, qu’est-ce qu’il va me dire pour me plaire, est-ce qu’il voit ce que je vois, c'est-à-dire est-ce qu’il se trompe comme moi je me trompe", etc.

C’est ça, les couples. Ce n’est pas, "tiens, j’ai du mal là", "ça bloque dans un coin", "où tu en es, toi ?", "est-ce que tu peux m’aider ?", "tu ne peux pas, bon, je passe à un autre". "Non, c’est : je suis amoureux, il faut que je fasse l’amour, il faut que j’ai des enfants. Peu importe avec qui. Comme je te connais et que tu es mon copain, vis-à-vis des voisins, ça fera bien parce que ce sera toi mon homme". C’est comme ça que ça se passe parfois. C’est marrant quand même.

Des fois, ils ont honte de copuler. Donc ils se mettent ensemble, comme ça on ne sait pas quand ils "pratiquent le sexe". Un couple, c’est un interdit sexuel parfois, à lui tout seul.

Avec Bernard, il y avait des bons moments. Il retrouvait facilement d’ailleurs, une âme d’enfant, et il nous arrivait de bien rigoler sur des trucs à la télévision. Un gosse ne rigolerait pas autant qu’il a rigolé.

Régis : C’est la vraie vie, quoi.

Thierry : C’est la vie avec soi. La vie avec soi, il faut la retrouver là où on l’a perdue. Et là où on l’a perdue, c’est étant enfant. Il n’y a que les imbéciles qui croient qu’on grandit. En vérité, on est ce qu’on est. Quand on est ce qu’on est, on ne grandit jamais. On reste enfant. L’enfant, il possède la vérité. Après il la perd, parce qu’il faut obéir aux croyances de papa et aux interdits de maman.

Attention, question piège, terrible, je vais te juger mon ami :D : qu’est-ce que tu appris de plus important en six ans ?

Régis : Déjà, les valeurs, d’avoir changé de valeurs. D’avoir compris que les valeurs dans lesquelles on vivait n’étaient pas vraies.

Thierry : Tu vivais avec les valeurs des autres, ce n’étaient pas les tiennes. Parce que quand on a les valeurs des autres, ce n’est toujours pas les nôtres. Même si on y tient. Qu’est-ce que tu as appris d’autres ? Quelque chose de plus profond ?

Régis : A reconsidérer la relation avec mes parents. A quel point j’ignorais mes parents, et à quel point je ne me connaissais pas.

Thierry : Il faut qu’on comprenne les gens qui nous ont mis au monde. C’est une grâce que l’on peut leur faire.

Régis : C’est vrai que quand je retape mes conversations avec toi, de 2004. A ce moment-là, je ne comprenais rien. J’avais beaucoup de faux avis sur mes parents, sur moi.

Thierry : L’ignorance, c’est très riche/abondante.

Régis : Il y a beaucoup de choses dans l’ignorance.

Thierry : Oui.

Régis : C’est très rempli.

Thierry : Oui. Ce n’est pas simple. A chaque fois qu’on veut se tromper sur quelque chose, on commence par l’ignorer. Alors je te raconte pas le bordel.

A l’école, il y a certaines choses qui ne sont pas très utiles, à la place on devrait leur apprendre aux élèves à moins se tromper, à réfléchir, sur ce qu’ils sentent.

J’avais regardé un truc récemment, je ne sais plus si c’est à la télévision. Je me suis rendu compte que les personnes n’avaient absolument pas accès à leur centre émotionnel. Mais alors, pas du tout. Ça, ça m’avait assez surpris.

Il devrait être interdit aux gens de parler avant de commencer à aimer. Alors là, on serait tranquille. On n’entendrait pas grand-chose. Mais le Christ a fait une connerie, il a créé la religion. Il en fait une deuxième, c’est celle d’être mort sur la croix pour un tas de croyant idiot. Ce tas d’idiot a confondu l’immortalité et la culture de l’immortalité, c'est-à-dire la religion et ce qu’il était.

C’est pour ça que Bernard me disait que le Christ avait encore à faire (centre émotionnel supérieur de son être).

Régis : Mais sur ton forum, tu avais écrit une fois en 2008, c’était une hypothèse, tu n’étais pas sûr, que le Christ avait fait une bourde consciente.

Thierry : Ah oui, ça allait plus loin. C’était l’émotionnel supérieur, ça. Oui, une bourde consciente pour mettre réveiller les consciences en opposant les croyances, donc la religion des hommes…

Régis : Pour que les hommes se trompent dans la religion chrétienne.

Thierry : Pour qu’ils se retournent vers eux-mêmes, en pratique oui.

Régis : Et qu’au bout d’un moment ils se rendent compte que ce n’est pas satisfaisant.

Thierry : Oui, mais alors est-ce que ça, ça a été fait par un Jésus conscient de la chose, ou est-ce que ça lui ait arrivé seulement.

Il est plus probable que son maître Jean-Baptiste l’ait mis dans cet état-là. Et Jean-Baptiste savait très bien ce qu’il faisait et connaissait les raisons profondes.

Oui, parce que la religion c’est encore quelque chose avec laquelle on se trompe. Avec la religion on se trompe sur la vérité. Avec la culture, on se trompe sur rien. Voilà.

Bernard l’a dit un jour "la religion est née de l’incompréhension du peuple du message du prophète".

Il y a des gens qui seraient enclins à écrire sur des choses qu’ils découvrent, qui me diraient "ah oui, tiens, tu peux écrire ça". Je ne vais pas commencer à écrire si Jésus-Christ, qui allait encore plus loin, n’a pas écrit, mais tout ce qu’on a dit de lui, on l’a écrit.

Après il faut être prétentieux pour arriver derrière et écrire un bouquin sur la réalité. Si les autres ont échoué, c’est que ce n’est pas de cette manière qu’il faut s’y prendre avec les hommes.

Régis : Parce qu’il doit y avoir pendant longtemps un espoir d’écrire un livre.

Thierry : Qui ?

Régis : Chez toi, chez la personne qui commence à se connaître, qui commence un peu à voir de la réalité. Il doit y avoir pendant longtemps un espoir d’écrire un livre.

Thierry : Bah ce n’est pas tellement d’écrire. C’est surtout une illusion que ce qu’on découvre, les autres peuvent le faire. Forcément, si on va par là, on va intéresser beaucoup de gens. C’est souvent encore pour nourrir son égo, mais c’est d’abord à cause de cette illusion.

On s’imagine que ce qu’on a découvert avec difficulté, les autres peuvent également le découvrir (car notre cerveau positive et l’on a tendance a oublier les terribles efforts et difficultés qui nous ont amenées la ou nous en sommes).

Il y en a très peu qui peuvent. C’est mal mesurer la difficulté et mal mesurer la façon dont je suis à la difficulté. Mais c’est une illusion d’élève, ça. Pendant très longtemps, pendant des années, on l’a.

Je n’écris pas sur mon site, j’émets des signaux.

Régis : Des mots-clés comme tu disais.

Thierry : Voilà. Pour stimuler des choses, c’est tout. C’est marrant, Bernard répétait toujours la même chose : "la Terre, la Terre, la Terre". Déjà, comment tu vis, comment tu jouis.

Moi, toutes les réalités que j’ai découvertes, modestement quelques réalités, je les ai découvertes parce que j’étais en paix. Donc j’avais déjà, en partie, fait la paix avec ma partie terrienne.

J’avais confronté à ce qu’il y a de plus ignoble en elle. Elle s’était réveillée, elle avait pris conscience d’elle grâce à ces oppositions terribles, entre je crois et je découvre que je ne suis rien. C’est le terrien qui a travaillé, c’est la Terre. C’est un homme conscient sur Terre déjà.

Je n’ai jamais abordé la réalité autrement qu’en homme sur Terre. Je ne me suis jamais connecté comme ça : "donnez-moi une fumette et on part tous les deux dans l’au delà", ou alors "telle méditation contemplative, pensez à prendre votre drogue avant le grand départ".

Il est interdit de l’homme de voir au delà de la Terre. Les plus conscients peuvent sentir et comprendre certaines choses, mais ça reste dans le domaine du non mesurable, de la probabilité.

Bernard me le répétait sans arrêt : il faut être sûr d’être terrien avant de s’occuper de tout autre chose. Si on n’est pas sûr d’être sur Terre, ce n’est pas la peine de s’occuper d’autre chose.

La conscience doit être d’abord acquise au niveau de la Terre. Après on peut s’élargir, mais on ne doit pas commencer par autre chose.

Il me disait : toutes les conditions sur Terre sont faîtes pour qu’on n’aille pas vers la connaissance. Mais c’est grâce à ses conditions qu’on peut créer des oppositions pour y aller. D’où l’importance de la Terre. Et ça, je ne le répéterai jamais assez.

Jamais je n’amènerai quelqu’un au spirituel – je ne sais même pas si je pourrai – avant même qu’il prenne conscience qu’il a deux jambes et deux bras. Avec Bernard, ça a toujours été la connaissance humaine. Avant, je ne savais pas que ça existait, le spirituel.

Le spirituel, je le rappelle, n’est pas nécessaire, pour vivre sur Terre. La connaissance humaine, la conscience d’un homme sur Terre va déjà assez loin et est totalement suffisante.

Prendre conscience de la dualité en soi, de l’implication de la culture mais en même temps de sa nature, son type de nature, sentir un peu sa réincarnation passée, les incarnations, la conscience au niveau d’un homme sur Terre est déjà un homme très évolué.

Je ne vois pas encore comment les gens peuvent parler de choses, utiliser des mots spirituels comme ça. Je ne vois pas comment ils peuvent faire après pour retomber sur leurs deux pieds alors que les visions qu’ils ont eus en trichant, il préféreront les revoir de la même façon plutôt que de travailler très durement pour voir les mêmes choses et plus, suite à leur conscience acquise.

Régis : Oui, ils ne doivent pas contrôler.

Thierry : J’aimerais bien, si tu veux le faire, que sur mon site tu parles de la voie du moine. Ce qu’elle t’a permis, etc. Comment tu l’as abordée, pourquoi. Au départ, tu ne savais pas comment la pratiquer puis après, comment tu l’as bien pratiquée, quelles ont été les premières réponses à cette pratique, au bout de combien de temps. C’est important pour les autres, ça.

Régis : Oui, je le ferai.

Thierry : Ça a l’air comme ça d’être une voie marrante. Mais quand on la pratique, ça donne des résultats. Ce serait bien que les autres puissent avoir un témoignage.

Régis : Oui, j’ai vécu des choses intéressantes.

Thierry : Oui.

Régis : Des fois, je lis mes notes mais je ne sens pas ce que je lis. Et d’autres fois, c’est plus simple, en fait, c’est plus vivant. On voit beaucoup plus les phrases, on sent beaucoup plus les phrases.

Thierry : Oui.

Régis : C’est simplifié, en fait. C’est intéressant de voir la différence.

Thierry : Oui, là c’est plutôt l’émotionnel.

Il faut que tu rencontres ta nullité, sinon tu ne pourras pas aller loin.

Régis : Je n’aurai pas assez de force, de désir. Toi tu l’as rencontrée progressivement ? Il y a eu un évènement soudain ou c’était progressif ?

Thierry : Son gout (mon désir) chez moi est venu lorsque j’étais très jeune (sept à huit ans).

Les gens veulent rester vivants, c’est parce que la vérité tue, tout simplement. Ils ne sont pas prêts à mourir un petit peu (personnalité et tout le reste), ils ne veulent pas faire mourir des choses en eux pour permettre à quelque chose de survivre. Ils continuent à faire vivre des choses qui sont mortes. Après ils ont peur de la mort et d’abord de vivre, tu vois le bordel.

La nullité, c’est une bonne porte. C’est très difficile d’en être à ce niveau-là mais c’est une bonne porte. Ça, je te dirais vraiment que c’est l’apogée de l’élève, à la fin de son parcours d’élève.

Régis : C’est que petit à petit, tu t’aperçois que tu pensais avoir découvert quelque chose de vrai, et petit à petit, au fur et à mesure tu te rends compte qu’à chaque fois tu te trompes, et au bout d’un moment ça amène à la conscience de la nullité.

Thierry : Oui, exactement. Tu commences à sentir les choses. Mais il faut avoir le courage d’aller jusqu’au bout. La nullité, c’est vraiment une rencontre avec le créateur. On ne dit plus "je suis", on dit "comment et pourquoi j’ai été". Tu te rends compte que pour être à nouveau toi-même, il ne faut pas en rajouter. Au contraire.
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Régis
 
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