Conversation avec Thierry du 2 mars

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Conversation avec Thierry du 2 mars

Nouveau messagede Régis » Mer 3 Mar 2010 03:53

Régis : C'était la première question que je m'étais posée quand j'ai su que Bernard Ruaud était décédé : "est-ce que Thierry aura besoin d'un autre maître ?".

Thierry : Pour des détails, oui, mais pas pour le principal. C'est ce que m'avait dit Bernard d’ailleurs. Mais on n'apprend jamais assez. Jamais. De toute façon, s'il me posait la question "est-ce que tu as appris assez", je dirais non. C'est humain. L'humain, il faut toujours qu'il ne soit pas complètement dans ce qu'il est ou dans ce qu'il fait.

Malgré douze/treize ans avec Bernard, on apprend beaucoup mais ce n'est pas encore assez. On a toujours du retard par rapport à la réalité.

L'homme est sans moyens. Lorsqu'il y a un miracle qui arrive et qu'il a été meurtri dans sa chair, il commence à se réveiller. Mais même quelqu'un qui commence, parce qu'il a souffert, même celui qui a le plus souffert, tu verras qu'il sera encore très loin.

C'est pour ça que les gens qui me disent "sur Terre, on peut", je leur dis "non, vous me faîtes marrer". Ils ne se rendent pas compte. Il faut une partie de miraculeux pour aller vers la connaissance de soi. Sans miracle, on n'y va pas.

Bon, les tortures, tu peux les avoir sur Terre, mais ça ne suffit pas. Il faut que ce soit en accord avec des gens qui sont là-haut, qui se disent "bon, c'est son tour à lui, allons-y", "il en est où ?", voilà. Et il faut surtout témoigner d'une insatisfaction. Là-haut ils veulent bien t'écouter si tu es convaincu de ne rien savoir. Sinon ils te laissent tomber.

Régis : Plus le temps passe, moins je suis convaincu du libre-arbitre.

Thierry : C'est justement là que tu dois aller.

Régis : Je veux dire par là que quand j'ai des prises de conscience, je sens que quelque part ça doit se faire, et que je ne suis même pas sûr que ce soit moi qui l'ai décidé.

Thierry : Il y a une possibilité minuscule de libre-arbitre, il faut la trouver. Ça dépend de beaucoup de conditions, de son état, etc., de ce qu'on veut bien faire comme effort. Là on peut trouver son libre-arbitre. Moi mon libre-arbitre, je le trouve maintenant. Mais le libre-arbitre, ce n'est pas faire ce qu'on veut. Le libre-arbitre, c'est quelques minutes sur Terre. Pas plus que ça.

Régis : C'est ce que tu avais écrit sur ton forum il y a longtemps.

Thierry : Le reste, c'est du temps perdu. Le libre-arbitre, c'est un rendez-vous avec le réel, à une heure, à une minute, à une seconde, bien donné. Est-ce que tu y es à cette heure-là ou pas ? Si tu n'y es pas, tu passes à côté du libre-arbitre (ici, d’après les notes prises de Mr Ruaud).

Régis : Mais en même temps, est-ce que c'est le libre-arbitre qui t'a conduit à faire des efforts ?

Thierry : Bien sûr. Je suis et j’ai été mis "sous bonne l'influence" grâce au contact de plus en plus fréquent avec mon centre émotionnel et donc une évolution où je perturbe de moins en moins ce que je suis. "A l’étage" de ce type d’influence il y a mon libre arbitre visible, le miraculeux, le caché en fin de compte les mondes spirituels. La-haut il y a quelque chose qui nous aide, qui aident et en même temps de plus en plus exigeant plus je vais loin.

Les états, les personnes, les conditions dans lesquelles les personnes vivent ou survivent, tout en maintenant en eux une constance d’état d'ouverture, d'insatisfaction, une humilité profonde vis-à-vis de n'importe qui, même de son plus grand ennemi, celui qui est capable dans toutes ces conditions, de rester ouvert, et d'accepter de tout recevoir, le bien comme le mal, la douleur comme la jouissance, celui-là qui a une certaine insatisfaction, oui, lui il va rencontrer le Christ.

Mais il faut des conditions terribles parce que là-haut, ils ne demandent pas des preuves. Ils veulent voir ton état. L'insatisfaction pour eux, ça ne doit pas être d'un coup, "tiens, je suis insatisfait", puis le lendemain, "bon, je vais à la pêche pour oublier". L'insatisfaction doit être une conséquence d'une découverte chaque jour rendue davantage consciente, cela conduit à la découverte de la plus grande nullité en nous-mêmes.

Même sans connaissance, même sans conscience, quand tu tombes à genou pour dire "mon Dieu, aidez-moi", "j'ai découvert que je n'avais pas de moyens", "on me bat, je me mets à battre", "on ne me m’éduque pas, je me mets à dire merde à mes parents et à la société", "dans tous les cas, je ne réunis pas les conditions pour pouvoir être dur avec moi-même pour me réveiller", quand tu réunis les conditions, même dans les pires difficultés pour te réveiller - et moi dans ma famille d'accueil, c'était le cas : malgré les coups et les tortures journaliers, je savais que la raclée allait arriver parce qu'elle arrivait des fois deux/trois fois par jour, je sortais parce que j'avais un quart d'heure de libre (je savais qu'on devait rentrer en été à dix-neuf heure trente, j'allais sur le chemin, et j'essayais de sentir, "qu'est-ce qui se passe", et même un rappel de soi, même à sept/huit ans, parce que j'étais tellement dans un truc de torpeur où il fallait sortir du corps pour échapper à cette souffrance physique, que même à sept/huit ans, je commençais à méditer, et je savais que les coups allaient arriver ; peu à peu je n'en souffrais même plus avant de souffrir. Et plus je transcendais mes peurs, en acceptant ma vie, davantage la paix me gagnait grâce à quelque chose qui n’est pas humain.

Le principal, c'est que j'étais dans un état où je me disais, "tiens, je m'aperçois que je peux écouter quelque chose", "je ne sais pas ce que j'écoute, mais je m'aperçois qu'il n'y a pas que mon corps, il n'y a pas que la souffrance qui existe, il y a autre chose".

Seuls ceux-là qui ont les pires conditions et qui continuent à vivre avec le miracle, peuvent être aidés par le miracle. Mais on ne peut pas être aidé par le miracle en vivant un jour avec le miracle, un jour sans, pour un tel intérêt, dans telles conditions, parce que ça nous plaît, parce que ça nous déplaît, parce qu'on a des pouvoirs, parce qu'on a des dons... Non, ça ne marche pas, ça.

Pour être à côté du bon Dieu, il faut avoir une certaine permanence. Et cette permanence, tu peux l'avoir dans l'humilité, tu peux l'avoir dans l'insatisfaction. Mais le bon Dieu, lui, il sait, si tu as cette humilité et pour quelle raison. Si tu l'as profondément de tout ton cœur parce que tu découvres que tu n'as pas de possibilité, parce que tu découvres que tu as une force bien supérieure au mal qu'on te fait, tu vas garder cet état d'esprit, cette force. Et là, on va bien t'aider. Mais il faut payer très cher, parce qu'en vérité, même quand on paie très cher, on passe parfois à côté du plus fantastique. Parce qu'il y a des gens qui ont payé très cher et qui n'ont rien vu (cas de réincarnation de repos, etc.).

Je crois qu'une vie, c'est totalement insuffisant pour aboutir à quelque chose. L'aboutissement ne peut qu'être une suite successive de choses mais qu'on a faites, pas de choses qu'on a refusées de faire. Sinon, ce sont des détails. Pour les gens qui commencent ici sans n'avoir rien fait avant (réincarnation passée), ce sont des détails. Ils sont dans la souffrance sur terre, handicap physique par exemple puis ils découvrent un certain état. Bon, ils se disent "tiens, qu'est-ce que c'est ? je vais lire un tel", puis ils meurent en se disant "tiens, j'ai senti quelque chose qui était vrai". Mais ils meurent, ils ne peuvent pas aller plus loin.

Ceux qui d'incarnations en réincarnations ont préparé leurs futures réincarnations dans des conditions terribles pour continuer le travail... Parce que c'est très simple, c'est ce que Bernard disait : si tu as été haut en conscience avant, il faut que tu retrouves dans cette incarnation-ci le niveau d'avant, donc forcément tu repars à zéro, toutes tes mémoires sont effacées. Alors tu te rends compte ? Il faut non seulement que tu ais des douleurs pour retrouver ton niveau d'avant, mais en plus, il faut à partir de ce niveau-là faire quelque chose en plus. Ça veut donc dire qu'il faut faire plus de chemin que la vie d'avant.

Régis : Oui, tu me l'avais écrit, ça, lors de nos premières conversations.

Thierry : Ça veut dire que chaque réincarnation est extrêmement lourde. Plus elle est lourde, mieux c'est, en vérité. Parce que quand on t'efface la mémoire, les pouvoirs, les états, ce que tu as fait avant, ce n'est pas perdu. Quand tu arrives à un certain niveau de conscience, tu retrouves tout ça. Tu sens bien que ça fait partie de toi, que ça a déjà existé. Là tu commences à sentir l'effet des réincarnations. Quand tu arrives à un certain niveau de conscience, tu commences à sentir cet effet. A ce moment-là il ne s'agit plus de dire, "je crois ou je ne crois pas à la réincarnation".

Régis : Oui, tu sens.

Thierry : Il s'agit de dire, "puisque je suis aujourd'hui, c'est forcément que j'ai été quelque chose avant". Et ça, on ne peut pas l'expliquer, on ne peut pas en faire un bouquin, on ne peut pas le prouver. Les gens qui veulent le voir, ils n'ont qu'une chose à faire, c'est d'atteindre cette capacité de conscience vers eux-mêmes, et quand tu l’atteins, crois-moi, la réincarnation, ce n'est plus un problème de "je la vois ou je ne la vois pas", "j'y crois ou je n'y crois pas".

La réincarnation se pose clairement à toi. Parce que de toute façon, tu sais très bien qu'en une vie, tu ne peux pas faire tout le travail. Puisque tu sais que si tu as quelque chose à faire, même à un niveau de conscience élevé, et bien tu mettras déjà un certain temps à le faire.

Les hommes sont un problème. S'ils n'ont pas le courage de se regarder tels qu'ils sont, le miracle ne viendra pas les aider. Ceux qui vont à Lourdes, qui font des prières, qui sont sauvés miraculeusement, ils ne te l'ont pas dit, mais pendant quelques secondes dans leur prière, ils ont tout lâché, tout abandonné : leurs valeurs, leurs croyances, leurs jugements, ils ont tout abandonné. Ce qui compte maintenant, c'est un état où je reçois quelque chose, mais à condition de tout abandonner. Là, le miraculeux intervient. Mais tu ne peux pas avoir une aide du miraculeux si tu as un petit, même encore un restant, de pourriture.

Régis : Oui, tu abandonnes, toutes tes croyances.

Thierry : Voilà, c'est ça. Quand je parle sur mon site des croyances, au moment où je prononce le mot "croyance", je sais de quoi je parle. Je sais quand la dernière fois je l'ai eue, à quel moment, pourquoi, pourquoi je réagis encore au fait d'en parler, il me reste encore des croyances que je n'ai pas éliminées, que je ne veux pas éliminées... Voilà, c'est la conscience.

Quand tu es conscient, tu ne peux pas parler sans conscience. Tout ce que tu dis, ça a une répercussion immédiate en toi. Ce n'est pas mécaniquement, j'ai entendu dire que, j'ai vu que, comme untel a dit que. Non, c'est que tu traduis ce que tu sens. Tu ne fais pas exclusivement penser à des choses que tu as apprises, sans comprendre. Ça, c'est ce que font la majorité des êtres humains.

Quand tu es dans la connaissance, tu n'utilises donc pas des mots... Ou alors tu le fais consciemment, parce que tu ne veux pas que l'autre voit ton évolution, tu ne veux pas le perturber, donc tu lui parles de la pluie et du beau temps. Tu es capable de le faire. Parce que tu as pris conscience que tu étais mais tu as aussi pris conscience de ce que tu n'étais pas. Et tu es capable de l'être à nouveau. S'il ne faut pas embêter les gens autour de toi parce qu'ils n'en sont pas là, tu es tout à fait capable de jouer le dernier des crétins et c’est un devoir pour moins les faire réagir.

A ce moment-là, le plus grand guide, le plus grand maître, que tu pourras rencontrer, tu te diras, "quel crétin". Parce qu'il jouera le crétin, et tout le monde y croira, tout le monde sera content. Mais voilà, quand il te dira "assieds-toi, j'ai quelque chose à t'apprendre", tu te diras, "vous en êtes-là ! je ne savais pas", tu seras devant l'inconnu.

La conscience, ce n'est pas seulement de ce qu'on est. La conscience nous montre aussi tout ce qu'on n'est pas. Tout ce qu'on est, est simple. Tout ce qu'on n'est pas, est sophistiqué. Mais la conscience te montre ce sophistiqué. Elle ne jouera pas dans ce camp-là. Mais elle voudra bien te le montrer.

Régis : C'est pour ça que c'est difficile de tout lâcher, parce qu'il y a beaucoup.

Thierry : Oui, il y a presque tout. Être dans un état permanent, je ne sais pas si tu te rends compte, ce n'est pas quelque chose de normal sur Terre. Parce que les habitudes sont des lois justement terrestres pour obliger l'homme à rester mécanique, donc à moins souffrir du passé, du présent, de sa prochaine vie, pour qu'il soit répétitif, tout en mettant des enfants dans le ventre d'une femme. Répétons cette action-là, éloignons de tout risque qui peut nous blesser ou même nous tuer mais qui peut aussi nous réveiller et nous faire travailler.

L'habitude est donc déjà un assujettissement profond, tu vois. Mais être dans un état permanent pour une personne ordinaire sur Terre c'est presque se dénaturer. Parce que cet état-là, quand toi tu l'as ou que tu commences à le gagner, tu t’aperçois a quel point les gens sont hors d’eux-mêmes, et tout le chemin qu’il y aurait a faire pour eux, c’est a la limite de l’impossible.

Quand tu vis inconsciemment tes jouissances, par jugement, par interprétation et quand tu ne veux pas sentir la personne qui est en face, "parce que comme elle n'a pas la même voiture que toi, qu'elle est plus vieille que la tienne, donc c'est un con"... quand tu te laisses influencé par ces forces, ces basses vibrations, tu participes à la puissance de beaucoup d’entre elles qui maintiennent l'homme à une fonction seulement mécanique.

Même en le faisant inconsciemment, tu es responsable. Tu alimentes des forces, des énergies, ces "mauvaises/basses énergies" chez les autres, et tu les alimentes aussi chez toi. Tu es un miroir, mais le problème c'est que les autres se voient en toi, mais parfois tu ne te vois pas dans ce miroir, tu t'imagines que tu es mieux que les autres. C'est pour ça que la collectivité, c'est important.

C’est le lot des gens inconscients, ils naissent dans la souffrance, ils vivent avec leur souffrance et celle des autres avec rarement la possibilité de l’alléger durablement, puis ils meurent avec toutes les souffrances possibles (physiques et psychologiques). Voilà, c'est ça la vie sur Terre. Tu es d'accord avec ce que je dis ?

Régis : Je verrai plus tard. Mais ça doit être effrayant à voir.

Thierry : Quoi ?

Régis : Ce que tu dis là, que les gens s’embêtent et embêtent les autres pour rien.

Thierry : Oui. Son propre centre émotionnel est en quelque sorte une ligne avec le bon Dieu.

Je peux lui passer un coup de fil de temps en temps, mais les autres ils sont abandonnés. Le bon Dieu, il ne peut pas t'écouter si tu as fait la moitié de ce que tu avais à faire. Autrement, il serait pris par tout le monde, il n'aurait plus le temps pour s'occuper des mondes, des planètes, etc.

Régis : Le désir vient petit à petit.

Thierry : Non. Le désir, tu l'as à la naissance. Tu le retrouves. Le désir, ce n'est pas une malle que tu vas chercher dans un aéroport remplie d'or. Le désir, c'est la petite richesse qui te reste, de ta dernière naissance. Le désir, c'est la conséquence d'un travail que tu as déjà fait avant. Le désir, c'est quelque chose que tu as préparé avant de venir. En vérité au départ tu ne commences pas par prendre conscience du désir, mais tout ce que fait pour tenter de te combattre et de te réveiller, te révèle un jour son existence.

Régis : Des fois, je me dis qu'il faudrait que je prenne conscience de ma nullité, pour avoir le désir.

Thierry : On pourrait peut-être même dire, c'est une hypothèse mais pour les gens qui vont assez loin, que le désir, c'est probablement tout ce qui reste d'une conscience créée dans une réincarnation avant. Elle contient toute la substance et toutes les énergies pour rester en accord et retrouver son être en conscience. C'est un peu le bourgeon des efforts d'avant, le désir.

Il est la conséquence pour moi - je ne dis que pour moi, les autres ils diront ce qu'ils voudront, mais d'après ce que je sens comme ça, des choses qui me sont apportées de là-haut -, une concrétisation d'un état de plus en plus conscient.

Si tu te rappelais de cet état avant de revenir sur terre, tu ne voudrais pas y retourner, parce qu'à la naissance, tu te rendors. Alors tu te dirais "mince ! moi j'ai connu des réincarnations terribles pour arriver là, je ne vais pas recommencer !!!". C'est pour ça qu'on te retire cette mémoire.

Régis : Il faut se fier de moins en moins à ce qu'on est devenu, avoir de moins en moins confiance en ce qu'on est devenu. Se dire qu'on s'est éloigné, dégradé avec l'âge.

Thierry : Je ne crois pas qu'on puisse servir la Terre et en même temps se servir soi-même. Voilà. Il faut choisir son camp. Soit on choisit le camp de la jouissance, de la répétition, de l'espoir, et tout ce qui fait oublier qu'un jour on va mourir et qu'on n'est pas plus conscient que quand on s'est rendu compte la première fois qu'on allait mourir. Et là on appartient à la Terre et on discute avec les asticots.

Mais il faut échapper un peu à la Terre pour aller vers le divin, parce que la Terre elle s'en fout. Pour que ses brins d'herbe continuent de vivre, il faut ensemencer le sol. Pour ça, il faut cent morts, qui aient mangé tel aliment. Et tel aliment, pour naître il faut qu'il y ait eu un choc avant qui a créé des conditions d'oxygène, tout ça... Donc la vie sur Terre. Bref c'est les petites recettes de cuisine de la Terre, elle recycle ces énergies pour elles-mêmes une partie de ton être assujettie à elle reste un simple ingrédient là-dedans. Est-ce que tu veux rester un ingrédient, ou est-ce que tu veux réussir à constater que tu es un ingrédient mais que tu n'es pas que ça ?

Mais moi je pense probable ce que disait Gurdjieff : qu'il y a des gens qui ont un être, et qui ne font pas ce qu'ils ont à faire, et depuis plusieurs réincarnations, déjà. Leur être à un moment donné peu les laisser et va voir ailleurs pour se greffer en quelque sorte sur d’autres êtres de même niveau vibratoire, mais où il se passe quelque chose pour leur propre évolution.

Gurdjieff disait qu'il y a des gens qui n'existaient pas, je crois qu'il est possible que ce soit vrai, parce que les gens qui n'existent pas sont tellement éloignés d'eux-mêmes, que cet état de déséquilibre a une conséquence sur le reste de ce qu'ils ont été ou de ce qu'ils sont encore. Et je pense que cette conséquence peut aller jusqu'à perdre sa substance vraie - sa substance qui les guide vers l'absolu. Nous pouvons perdre le contact avec cette substance si pendant plusieurs réincarnations on ne saisit pas l'opportunité d'exister. Et je sens plutôt que ce serait dans ce sens-là.

Régis : Tu l'avais écris sur le forum, ça.

Thierry : Quoi ?

Régis : Qu'il y a trois types de personnes. Ceux qui doivent y aller, ceux qui peuvent y aller, et ceux qui ne peuvent pas y aller.

Thierry : Ah, ça c'est pas con. C'est moi qui l'ai écrit ? Ca m'étonne. Tu vois, je ne suis pas encore habitué à mon essence ! :D

Régis : Mais il y a des traditions qui disaient ça aussi.

Thierry : Ah oui ?

Régis : Chez les gnostiques.

Thierry : Tu aurais dû le mettre quand même.

Régis : Ils appelaient les pneumatiques, ceux qui doivent y aller.

Thierry : Ah oui, c'est le niveau du dessus.

Régis : Les psychiques, ceux qui peuvent y aller, puis les hyliques je crois, ceux qui ne peuvent pas y aller. Ils disaient qu'il y a trois races humaines. Et quand tu avais écrit ça, je m'étais dit "c'est marrant, ça me rappelle les gnostiques".

Thierry : Il faut bien que les gens comprennent quelque chose, c'est que quand on est conscient, on voit la même chose. C'est pour ça qu'entre gens conscients, on n'a pas besoin de parler.

Régis : Oui.

Thierry : Après, il y a des profondeurs de conscience. Mais quand on est à peu près dans des profondeurs identiques, on voit la même chose. Tu utiliseras tel mot, mais quand tu rencontreras la personne, tu diras "ah oui, vous utilisiez tel mot pour ça mais ça veut dire ça", tout de suite, immédiatement.

Ça veut bien dire que la vérité existe, que la réalité existe. C'est une substance à part entière, c'est un monde, un état, comme disait Gurdjieff - alors je ne sais pas s'il a pris des notes par rapport à des écoles où il a été ou si c'est parce qu'il le voyait lui-même ; moi je pense qu'il y a beaucoup de choses qu'il voyait lui-même, parce qu'il y avait des bonnes écoles à l'époque.

Régis : Il avait été chez les Soufis, comme Bernard le disait ? Mais elles existent encore ces écoles ? Tu dis, à l'époque. Elles doivent toujours exister, non ?

Thierry : Je ne sais pas, je ne suis pas voyant. Tout ce que je sais, c'est que les bons guides se font rares. Est-ce que c'est parce que les hommes se trompent tellement qu'ils sont dangereux à être enseignés, ou parce que les écoles ont été dissoutes ? Je ne sais pas.

Régis : Après tout, il n'y a pas forcément besoin d'un autre Gurdjieff. Toi tu es bien un peu conscient.

Thierry : Les écoles, même les meilleures, ne peuvent pas t'apporter plus que ce que tu peux voir. Ça va te faire marrer, mais je pense donc que les écoles ne sont pas toujours directes dans l’enseignement, car parfois elles te permettront de te rapprocher de ce que tu es, mais en n'étant toujours pas ton propre guide. Il y a donc un assujettissement dans les moins bonnes écoles.

Par des exercices, tu retrouves des états, des intentions, des possibilités, des capacités, mais ce n'est pas par les efforts : ce n'est pas parce que tu as senti qu'il fallait que tu fasses ça. Ce n'est pas par un parcours personnel, individuel.

Régis : Ce ne sont pas des parcours personnels dans les écoles ?

Thierry : C'est toujours un travail personnel, mais les moyens qu'ils te donnent, ne sont toujours pas tes moyens. Ce sont ceux des autres.

Régis : Des moyens généraux, quoi.

Thierry : Ce n'est pas ce que je dis. Ce sont toujours les moyens des autres. C'est quelque chose qui peut te permettre d'avancer, de voir quelque chose, mais je crois que ces gens-là ne vont pas très loin. La personne qui va le plus loin, c'est la personne qui est capable d'être maître et élève en même temps, donc de se faire travailler comme un élève, et de comprendre comme un maître.

Celui qui a besoin d'une école ne peut qu'être un écolier. Celui-là qui comprend les écoles est un maître, qui comprend les écoles comme il se comprend lui-même. Parce que toutes les conditions pour arriver à réveiller quelqu'un, il les connaîtra. Il pourra aider cette personne. Mais il le fera que si cette personne peut le faire. Il ne va pas l'emmerder, sinon. Et là, qu'est-ce qui fait en somme ? Il fait le travail d'une école.

Gurdjieff a cherché la vérité, il ne l'a pas voulue, selon moi. C'est dur à dire. Donc il a payé pour la voir, en partie. Moi avec mon propre parcours, je peux te dire que chercher une école, c'est déjà chercher à s'éloigner d'une capacité personnelle à se rendre la vie difficile pour voir. L'école, tu peux l'avoir en toi. Tu sais très bien, si tu deviens un petit peu conscient, si tu as vraiment le désir, là où tu en es. Tu le vois très bien.

Tu vois très bien à peu près vers quel effort il faut aller, vers quelle obéissance vis-à-vis de telle personne il faut aller, quand telle personne te trompe ou ne te trompe pas. Tout ça, tu le sais assez bien. C'est encore ton désir avec toutes tes capacités des vies passées qui seront un gage de réussite. Tu es bien guidé en fait. Pour moi, un bon écolier, ça ne vaut pas un autodidacte de la réalité. C'est quand quelqu'un qui travaille sur lui est capable de réunir des moyens pour continuer le travail. Et comme disait Bernard, quand quelqu'un commence suffisamment à exister, il n'a plus besoin d'école.

Je pense que quelqu'un de suffisamment conscient peut réunir les conditions du travail d'école en lui-même. Même se mettre sous une influence, où il va prendre "des coups de pied au cul".

Il ne peut pas y avoir d'organisation humaine pour une conséquence d'immortalité. Ce sera toujours une base, d'accord - je ne suis pas en train de cracher sur les écoles. Mais il ne faut pas confondre ce qui est une base, qui peut être enseignée à beaucoup, avec la capacité d'aller assez loin, c'est-à-dire de mourir en sachant avant de mourir qu'il y a quelque chose qui va rester, en étant sûr, en voyant cette chose. Cela n'est pas une conséquence du travail d'école pour moi.

C'est une bonne influence, le travail d'école, avec une paresse humaine. Celui qui va très loin, qui va profondément loin, qui doit aller loin, a réuni des conditions assez extraordinaires, dues à la souffrance, à l'acceptation, à des états qu'il a su garder en lui alors qu'il ne le voulait absolument pas. Vraiment, des hommes d'exception, avec un don, plusieurs dons, mais des dons ne visant pas à jouir, et donc visant à exister. Ceux-là n'ont pas besoin d'école. Parce que très vite ils seront dans l'état d'enseigner, et d'abord à eux-mêmes.

C'est comme ça que moi je sens les choses. Après, tu me diras, "ah oui, il y a des liens avec ce que Bernard t'a dit". Oui. Mais moi je préfère découvrir que ce que je sens, c'est en rapport avec ce qu'on m'a dit, que de laisser croire que tout ce qu'on m'a dit je le sens. Tu vois, c'est l'inverse. Ce n'est pas aller de l'intellect vers l'émotionnel, c'est le sens inverse. C'est l'intellect qui doit redevenir ce qu'il est, c'est-à-dire un faible et pâle traducteur de ce que tu as senti. Parce que comme je te l'avais dit, l'intellect à côté du centre émotionnel, est petit, tout petit. Tu vois.

Dans la réalité, il n'y a pas de fatigue. Il n'y a pas de paresse. Il n'y a pas toutes ces illusions humaines, liées au temps aussi, qui n'existent pas en fait. Parce que quand tu t'approches du réel, tu sens des forces en toi que tu ne vois même pas jusqu'où elles vont mais ces forces vont très loin. C'est quand les conditions humaines contrarient de moins en moins le travail sur toi que tu commences à découvrir que tu n'es pas qu'humain.

Découvrir que nous ne sommes pas qu'humains, ce n'est pas se faire plaisir un jour en lisant quelque part que quelqu'un a dit qu'il n'était pas qu'humain. C'est mesurer que les forces qui se présentent à toi ne sont pas dans l'impermanence, ne sont aucunement liées à l'humain, donc aux conditions de la vie sur Terre.

La fatigue, tout ça, le temps, l'espoir, toutes les faiblesses qu'on peut avoir, c’est un mur supplémentaire que tu mets entre toi et ces forces. Parce que tu veux bien les mettre. Pour s'attacher à exister, il ne faut pas s'attacher à la Terre. Les hommes ici sont très attachés à la Terre. On ne peut pas leur en vouloir. Tout ce qui vit sur Terre n'est pas immortel. Chacun le sait.

Donc, comme disait Bernard, même inconscient, l’homme est responsable (effroyable réalité). Parce que ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas été conscients que le bon Dieu va dire "ah mes pauvres chéris, vous n'avez pas été conscient, je suis désolé pour vous, je vous donne une seconde chance". Le bon Dieu dira : "attends, vous avez fait ceci, vous avez fait cela, vous avez contrarié des équilibres naissants ou existants, etc., maintenant il y a l'addition". Il faudra revenir avec une jambe en moins, avec le paludisme, avec une révolution derrière... Enfin bref, quand vous mourrez dans cette incarnation-là, vous ne serez même pas encore assez conscients pour servir votre prochaine réincarnation.

Régis : C'est progressif.

Thierry : Le libre-arbitre devrait simplement être utilisé pour effacer tout ce que nous ne sommes pas. Le libre-arbitre, ce n'est pas un droit à faire des conneries. D'accord ? Et ce n'est pas un droit d'autosatisfaction. Le libre-arbitre doit être une petite fenêtre, un petit espace, dans lequel on doit organiser des forces, des conditions, pour faire ce qu'on a à faire.

Régis : De toute façon, la question ne se pose pas. Le libre-arbitre, quand tu le découvres, tu sais qu'il ne va pas être utilisé à ce que tu dis. S'il est utilisé à ce que tu dis, ce n'est pas du libre-arbitre.

Thierry : Si, c'est du libre-arbitre qui n'est pas utilisé à ce qu'il doit être. Bien sûr. C'est la différence entre un homme qui est enchaîné, et qui souffre de ses chaînes, et un homme qui est enchaîné, qui dépasse sa souffrance, et qui peut commencer à s'occuper du réel tout en restant enchaîné dans une pièce où il n'y a pas de lumière, avec l'humidité et les rats autour.

Régis : Tu penses qu'une personne qui rencontre le libre-arbitre peut faire le mauvais choix ?

Thierry : Il peut faire le mauvais choix, en réagissant même à son contact avec lui-même, donc l'inconscient. Mais en plus, la majorité des gens ne le voient pas ce libre-arbitre.

Régis : Mais est-ce qu'ils l'ont ?

Thierry : Faudra leur demander, il est probable que beaucoup l’ont. Ça va te paraître bizarre ce que je te dis, pour moi le libre-arbitre, c'est un moyen. C'est le seul moyen qu'il reste aux hommes. C'est vraiment une générosité du Christ, enfin du bon Dieu on va dire, parce que le Christ est un membre, ce n'est qu'un fil de lumière parmi tant d'autres - et la source de lumière est ce qu'on pourrait appeler le bon Dieu, en fait la création.

Je crois que le libre-arbitre, c'est vraiment une chance aux hommes de voir qu'il y a une justice, de se faire justice à eux-mêmes. Je crois que le libre-arbitre peut être utilisé pour s'auto-détruire, comme il peut être utilisé pour se réveiller.

Régis : C'est quelques secondes dans l'existence, comme tu disais.

Thierry : Oui, c'est très peu.

Régis : Ça arrive dans des évènements.

Thierry : C'est une petite substance très riche.

Régis : Ça arrive à certains moments de la vie.

Thierry : C’est une rencontre. Tu peux multiplier ce contact et cette rencontre. Mais même en la multipliant, tu n'en auras pas beaucoup.

Régis : Quand tu parlais de se placer sous bonnes influences...

Thierry : Ça, c'est une conscience de la loi d'octave déjà.

Régis : Ce n'est pas le libre-arbitre.

Thierry : C'est autre chose, ça. Le libre-arbitre, tu l'as, mais à condition d'être de temps en temps à l'écoute. C'est toujours la même chose, être très à l'écoute.

Régis : Par exemple, la première fois que j'ai donné des cours fin septembre, tu me disais que je m'étais mis sous bonne influence. Donc je me demandais si c'était ça le libre-arbitre. Suite à un choc, tu profites du choc...

Thierry : Sous ces bonnes influences, tu peux mesurer ton libre-arbitre, forcément. Mais il y a d'autres types d'influences, il n'y a pas que ces types d'influences qui t'amènent à prendre conscience de ce que tu es. Il y a aussi des influences qui t'amène à prendre conscience de ce que tu n'es pas. Tu as des influences qui t'amènent à faire un effort pour éteindre une réaction, simplement. Comme les gens qui ont un cancer et qui guérissent en quelques secondes.

Si tu es capable de te tenir face au bon Dieu en le regardant dans les yeux, en lui disant, "voyez, je suis responsable de ce que j'ai", le bon Dieu peut faire quelque chose pour toi. Tu sais très bien que ce qu'il te donne, tu ne vas pas le retransformer en cancer l'année prochaine. Ceux qui ont eu des guérisons miraculeuses ne rattrapent jamais leur maladie. Parce que le bon Dieu, comme tout le monde, il donne, mais ce n'est jamais perdu donc justement donné.

Alors les bonnes influences, ça peut être compliqué pour toi, mais se mettre sous bonne influence, on l'est d'abord généralement avec un guide, qui dit "bon, écarte tel réaction", il te dira des choses, des propos qui vont t'amener à penser différemment, à faire des efforts, te conforter dans tes efforts, dans tes paresses, en rajouter. Mais après, te mettre sous bonne influence toi-même, implique de déjà connaître quelques lois de l'univers, un minimum, quoi.

Régis : Tu m'avais dit que je m'étais mis sous bonnes influences.

Thierry : Oui. A propos de quoi ? Quand te l'ai-je dit, pourquoi, quel jour, quelle heure ?

Régis : Mon premier cours, fin septembre, quand j'avais été à ma fac et que je t'avais dit que plutôt que de réagir au stress d'y aller, pour une fois j'avais essayé de rester présent. J'étais dans un climat noir mais en même temps il y avait quelque chose d'agréable, parce qu'il y avait une sorte de transcendation.

Thierry : Alors ?

Régis : Toi tu m'avais dit, ça c'est se mettre sous bonnes influences. Mais je ne connais pas de "lois de l'univers" comme tu dis.

Thierry : Si, un petit peu.

Régis : Qu'est-ce que tu appelles connaître des lois de l'univers ?

Thierry : L’habitude, la mécanicité sur Terre, la loi d'octave, la loi des trois forces, pour justement s'opposer à la dualité, la force neutralisante, la troisième force. En faisant cet effort comme tu as fait, tu ne t'en es peut-être pas rendu conscient, tu ne l'as peut-être pas intellectualisé en disant "ah oui, je sais", mais tu l'as très bien senti.

Régis : Oui, je ne me le suis pas expliqué comme ça.

Thierry : Quand on transcende quelque chose, on sait très bien qu'on est en opposition consciente vis-à-vis de la dualité, et qu'il y a une force derrière, quelque chose qui va naître. On ne sait pas quand, on ne sait pas comment, mais on le fait.

Régis : Oui, c'est vrai.

Thierry : Se mettre sous bonne influence, c'est déjà tenir compte de ces lois, quelques lois. Mais l'émotionnel parfois t'aide au-delà de ce que tu perçois, de ce que tu sens. Tu sais, ce qu'il y a d'important, ce n'est pas de comprendre ce qui nous arrive, quand on commence à être conscient. L'important, c'est de garder contact, mais d'être prêt à écouter ce qu'on nous dit.

Régis : Oui, ça tu me l'avais dit aussi.

Thierry : Bah je t'ai tout dit alors ! Chouette, je vais pouvoir aller me coucher :D

Régis : Tu m'avais dit que c'était ça qui était important, c'est le fait que ça m'arrive, et non pas le fait que je comprenne, que je l'explique bien. C'est le fait que ça arrive.

Thierry : Non, c'est le fait que ça vient. Ce n'est pas le fait que ça arrive, ce n'est pas pareil. N'utilise pas un mot contre un autre.

Régis : Oui, ce n'est pas "arrive" au sens de Gurdjieff :D

Thierry : Non, ce n'est pas le sens de Gurdjieff. C'est le sens du réel. Ce n'est pas parce que Gurdjieff flirtait avec que c'est du Gurdjieff. La connaissance n'appartient pas à Gurdjieff, heureusement. Il y a des gens qui t'ont montré la réalité parce qu'ils la voyaient un peu, il y a des gens qui t'ont montré la réalité parce qu'ils la voyaient beaucoup. Il y a d'excellents voyants qui te montrent la réalité alors qu'ils ne voient rien du tout d’elle d’abord eux-mêmes.

Mais ce qui compte, ce n'est pas ceux qui te la montrent, c'est la réalité.

Il faut avoir confiance, parce qu'il n'y a pas que sur Terre que ça se passe. Il y a aussi ailleurs. Et ne pas avoir confiance, c'est ne pas tenir compte de cet ailleurs. Et cet ailleurs, il est indispensable. Comme la difficulté quand tu es tout petit, d'apprendre à marcher. C'est pareil. Les efforts que tu as à apprendre pour marcher, les efforts que tu as à faire pour respirer. Tout ça, tu dois le voir.

Il y en a qui me disent, "ah oui, mais la vie sur Terre n'est pas si terrible que ça", machin. Mais quand ils se lèvent le matin, ils sont incapables de se rendre compte qu'ils se sont levés, et quand ils se couchent le soir, qu'ils ont existé la journée, et la nuit, qu'ils dorment. Alors évidemment, ces gens-là me diront "ah oui, mais alors sur Terre, ce n'est pas si mal que ça, après tout il y a des carottes, des navets, mon voisin est gentil parce qu'il en a une grosse (un voiture)", etc. C'est facile pour quelqu'un qui n'est pas conscient d'être victime, de considérer qu'il n'y a pas de victimes. Tu comprends ça aussi ? :D

Régis : Oui, comme tu disais, quand on est assujetti à quelqu'un, on défend ce quelqu'un. S'ils sentaient qu'ils étaient assujettis, ils seraient déjà plus assujettis, ils auraient déjà un début de conscience.

Thierry : Oui. En fait, la véritable connerie, c'est de ne pas être conscient, c'est tout. Le plus important, c'est d'être conscient. Il n'y a rien de plus important que ça.

Régis : C'est la seule chose d'importante.

Thierry : D'être brigand, tout ça, c'est rien. Est-ce que tu as conscience d'être brigand, ça c'est important.

Régis : Ça apporte du désir de prendre conscience qu'on est un imbécile.

Thierry : Non, c'est la conséquence de son désir. Ce n'est pas pareil. Je dirais qu'entre la conscience et le désir, il y a quand même les efforts. Un désir profond, ça te met devant la bonne porte. A toi de l'ouvrir, puis dans le noir, sans les cinq sens, sans les conditions sur Terre, de deviner par ta seule confiance en toi, que ce qui t'entoure n'est pas qu'humain.

C'est une porte vers l'inconnu, la découverte de soi-même. Même si la partie sur Terre, on ne la connaît pas. Car elle est liée à une autre partie autre part. Mais si on est autre part, on doit faire aussi avec sa partie humaine. Et on doit ouvrir cette porte vers l'inconnu, et marcher comme un homme nu, devant la réalité. En ne s'occupant pas des trous, des brulures, des accidents, des pleurs et du sang.

La conscience, c'est au-dessus de tout ça. La conscience ne s'occupe pas des hommes qui meurent et qui vivent, la conscience s'occupe des hommes qui ont déjà commencer à exister en elle. Leur existence ne dépend pas exclusivement de leur situation humaine, elle dépend de ce qu'ils sont, de ce qu'ils ont cristallisé en eux, de ce qui reste après la mort.

On peut être fatigué, on peut s'arrêter, mais on ne doit jamais se couper des profondeurs, de ce qui nous relie à nous-mêmes. Parce que ce qui nous relie à nous-mêmes, nous relie ailleurs. Mais on ne peut voir l'immortalité qu'en étant nous-mêmes.

Régis : Il faut rester ouvert.

Thierry : On ne peut pas voir l'immortalité en restant ce qu'on est. L'immortalité appartient au Tout. Mais la compréhension du Tout est nécessaire pour cette immortalité. La réalité, ce n'est pas un cadeau, c'est bien plus que ça. Je ne sais plus qui l'avait parlé de l'immortalité, Bernard je crois.

Je ne crois pas qu'un homme conscient subisse la vie sur Terre. C'est-à-dire que si il marche, il ne se voit marcher, s'il parle, il ne se voit parler, s'il fait des conneries, il ne se voit faire les faire, si c'est le pire des hommes, il ne se voit comme le pire des hommes. Ça, c'est une preuve magnifique que la conscience existe. Par contre celui-là qui oublie qu'il marche, épuise son énergie à rien. Il ne faut pas compter qu'il soit récupérable. Quand tu as utilisé de l'énergie pour ne pas exister, et que tu n'as pas utilisé cette même quantité d'énergie pour voir que tu n'existe pas, et quand tu fais ce que tu n'as pas à faire, c'est encore plus terrible.

Il y a des hommes qui devraient avoir le courage de se taire, de ne plus marcher. En disant "j'attends le moment, comme un Oriental sous son arbre, d'être conscient pour pouvoir faire les choses consciemment". Des fois, tu sais, pour exister, il suffit simplement de ne rien faire.

Ne rien faire, c'est une étape essentielle. Ce n'est pas le bout. Après, il faut se lever, tout en voyant ce qu'on fait. Parce que les Orientaux, eux, continuent de ne rien faire. Alors ils ne font pas de mal, c'est sûr. Mais comme disait Bernard, il faut aller au-delà de ça. C'est trop facile de ne rien faire, quand on est prêt d’aboutir.

La conscience, ce n'est pas ce qu'on croit. Ce n'est pas un pouvoir, une force comme ça qui permet d’avoir une emprise de plus sur son prochain, si tu es champion du monde de culturisme, d'être encore champion du monde l'année prochaine, d'avoir une voiture neuve, de gagner à la loterie.

Ce n'est pas ça, la conscience. C'est l'inverse de ça. C'est-à-dire qu'elle te montre d'abord ce que tu n'es pas et tout ce que tu as fait pour ne pas être. Si tu es capable de boire cela tous les matins en te levant, alors tu peux commencer à faire avec la conscience.

Ça ne peut pas être ennemi la conscience, soit tu vis avec, soit tu la fuis. Il n'y a pas de demi-mesure. La conscience, elle comprendra bien que tu te reposes. Tu pars en vacances, etc.., mais en revenant de vacances, tu auras une amie à rencontrer. Soit tu veux l'oublier, soit tu veux continuer à vivre avec. Mais la conscience te montre ce que tu es. La conscience, ce n'est pas "tiens, je pense à un train, donc je suis conscient qu'il y a un train". Pas du tout.

La conscience, c'est très spécial. Tu la mesures, tu dis "putain, je vais être incapable de trouver les mots pour en parler à quelqu'un". Parce que quand tu es conscient, tu es conscient que les gens n'iront jamais, très peu. La conscience te montre tellement de choses que sans elle tu ne peux pas voir. Tu t'éloignes des hommes.
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Régis
 
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