« La méthode globale est une méthode d'apprentissage de la lecture. Elle a pour ambition de faire acquérir à l'élève une stratégie de déchiffrage des mots, voire des phrases, en tant qu'image visuelle indivisible. Cette méthode est apparue historiquement par opposition à la méthode syllabique, qui s'articule autour de la genèse des sons de la langue par assemblage de syllabes.
La lecture se fait par la reconnaissance d’un mot, ou plutôt d'une phrase, en entier, type de méthode comparable à l'apprentissage de langues comme le chinois. C’est une méthode que l’on peut appeler idéovisuelle. Elle est utilisée variablement selon les inclinations. Les mots et les phrases s’apprennent comme des images, ainsi un mot correspond à un signe (lemme). » (Wikipedia)
« La méthode globale fut à l’intelligence ce que les 35 heures sont actuellement à l’économie française : une formidable entreprise de déstructuration dont toute remise en cause ressemblerait à un crime réactionnaire. Aujourd’hui, pourtant, nous savons tous à quel point cette méthode fut destructrice et amena tous ceux qui y furent soumis – ou presque – à une espèce d’ânonnement laborieux, parfaitement dénué d’analyse grammaticale.
La méthode globale a souvent été qualifiée par ses détracteurs de "méthode idéologique" alors que l’ensemble des Français semblaient n’y voir qu’une lubie de plus des pédagogues. Or, s’il y a bien une méthode idéologique, c’est celle-ci, et il n’y a guère lieu de s’étonner que nos syndicats de l’éducation nationale, dans le meilleur des cas marxistes, dans le pire trotskistes, hurlent et s’époumonent contre Robien qui veut supprimer cette effroyable technique d’apprentissage de la lecture. Qu’y a-t-il donc de si profondément idéologique dans cette méthode ?
La méthode globale repose sur un postulat très simple – mais fortement idéologique : les contenus de conscience sont des totalités que l’on ne peut pas découper ni réduire à des parties. Un tel raisonnement est enraciné au plus profond de cette pensée que l’on ignore trop souvent : la Gestalltstheorie. Contre les modes de raisonnement des sciences dures (si si, ça existe), qui désiraient procéder par analyse moléculaire afin de restituer le tout, la Gestalltstheorie (théorie de la forme) posait le primat de la totalité, et niait les droits des parties, donc, en somme, des individus, qu’ils fussent physiques, chimiques, ou sociaux. Le lien avec la méthode globale me direz-vous ? Paul Guillaume, grand représentant de la théorie de la forme en France, écrivait ceci :
"Dès lors, on pouvait admettre que l’unité de tous les complexes psychiques avait la même origine que la liaison d’un couple de syllabes dépourvues de sens dans les expériences d’Ebbinghaus, ou la liaison d’un signal conditionnel et d’une réaction dans celles de Pavlov." (Pierre Guillaume, La psychologie de la forme, Flammarion, 1979, p. 10)
Initialement localisée dans le primat psychique des formes, la théorie de la forme vint à s’imposer dans les phénomènes perceptifs : la perception saisit d’abord une forme, qu’elle peut ensuite, éventuellement, décomposer. Contre l’action intelligente du sujet qui devait unifier ses perceptions (par exemple, l’unité de l’aperception chez Kant, l’unité du cogito chez Descartes, etc.), la théorie de la forme destituait l’activité du sujet au profit d’un réel pré-structuré qui s’imposait en sa totalité au regard. En somme, la théorie de la forme faisait le pari d’une totale passivité du sujet devant ses perceptions. Il y aurait dans le sujet quelque chose comme une innéité de la perception des formes, déjà structurées, ce qui revient à nier l’action du sujet dans la structuration de ses perceptions, ce qui, dans le cas de la lecture, revient à dénier au lecteur l’initiative de la compréhension : je n’ai pas à fournir un effort de compréhension puisque ce qui m’est donné à lire est immédiatement intelligible !!!
L’apprentissage ne consiste plus à procéder par association d’unités, jusqu’à ce qu’en ressorte un sens, mais il consiste inversement en une saisie de rapports déjà structurés. J’insiste là-dessus car c’est capital : alors que la méthode classique invitait le lecteur à prendre l’initiative du sens, à ne pouvoir comprendre un texte que s’il était capable d’en associer les mots à travers un usage correct de la grammaire, la Gestalltstheorie y a substitué l’idée d’un sens pré-structuré, indépendant des règles grammaticales, que le sujet n’avait pas à restituer, mais qu’il avait à recevoir dans une attitude de passivité devant ces formes pré-structurées (pré-structurées signifiant : avant l’action du sujet).
Voilà le fondement philosophique de la méthode globale ; rien de moins neutre en effet que l’imposition d’une telle méthode. Mais pourquoi idéologique ? Idéologique sur deux points :
- d’une part parce que le « holisme » (primat du tout sur les parties) a une application politique très claire ; la société prime sur l’individu, l’individu n’est rien face à la société. Inconsciemment, si le rapport au monde de l’enfant par le biais de la lecture est structuré par l’idée d’un primat de la forme sur la partie, d’un primat des relations sur l’action individuelle, alors il lui sera plus facile d’épouser l’idée d’une négation de l’individualité, au profit de l’adoption d’une société omnipotente.
- D’autre part parce que le primat des relations au détriment des associations logiques opère une magnifique destitution des droits du sujet ; contre une certaine forme de responsabilité, contre une certaine forme d’initiative individuelle du sujet, par lequel seul est possible quelque chose comme un sens, contre le sujet transcendantal en somme, le sens s’impose désormais au sujet, et s’impose unilatéralement. La totalité vient informer le sujet qui perd l’initiative de l’intelligence. Tout ce qu’il y a à connaître est en dehors de lui. En somme, nous avons là un programme marxiste absolu.
Pour résumer, la méthode globale fut une formidable machine de guerre lancée contre l’idée libérale d’un sens résultant de la somme des actions individuelles ; bien au contraire, le sens est pré-structuré, pré-existe aux actions du sujet qui n’a plus à être intelligent, mais qui ne peut au mieux que se faire passivité afin de recevoir le sens imposé, d’un réel déjà structuré. Magnifique destitution de l’intelligence du sujet.
Seulement voilà… Aujourd’hui, nous savons à quel point cette méthode, pour parler comme Jean-Paul Brighelli, ne contribua qu’à engendrer "une fabrique de crétins". Ce n’est guère étonnant, puisque la méthode globale, intrinsèquement, est destitution de l’intelligence active du sujet ; pour autant, ainsi que cela apparaît nettement, les présupposés socialistes d’une telle méthode sont encore fort tenaces : et les syndicats ne sont pas prêts à renier leurs idéaux. Nous savons pertinemment, grâce à des recherches scientifiques ayant trait à la neurologie quels dégâts sont engendrés par la méthode globale et semi-globale. Ainsi Franck Ramus, chercheur en neuro-sciences, a-t-il pu déclarer que "plus l’apprentissage des correspondances entre les lettres et les sons démarre tôt, comme dans la méthode syllabique, plus les progrès vont être rapides. Alors que la méthode globale a pour principe de ne pas l’inculquer et que la semi-globale la retarde." (Le Figaro, 9 décembre 2005)
C’est pourquoi, on ne peut qu’en savoir gré à Gilles de Robien d’avoir osé – enfin !!! – lever le tabou de cette méthode décérébrante, prenant le risque de braver les syndicats bien plus gauchistes et marxistes qu’archaïques, afin d’imposer un retour à la méthode classique, où l’intelligence de l’élève est suscitée et non niée comme dans la méthode globale. Naturellement, les syndicats y sont hostiles : on ne remet pas en cause comme ça leurs fondements socialistes et marxistes du primat du tout sur la partie ; le holisme fait de la résistance. Le ministre est là pour envoyer le fric, qu’il se taise sur les méthodes ! Les pédagogues (vous savez, ces glorieux personnages qui font du ballon un "référentiel bondissant", de la salle de classe "un espace-classe", de la vitre de la salle de classe donnant sur la cour de récré une "interface ludico-pédagogique", de l’élève un "apprenant", etc.) savent et peu importe que les mômes ne savent plus lire ; l’important, c’est qu’ils appréhendent la totalité en premier ! »
Extrait de « Le courage de Robien et l’échec global de la méthode globale » sur le blog de Gai Luron (septembre 2006)





































